Liban : le gouvernement Zeidi face à un vote de confiance fragilisé

Urban scene in Beirut showcasing a Christmas tree beside a damaged building, reflecting resilience.Photo : Jo Kassis / Pexels

Le gouvernement libanais entame une phase délicate avec un vote de confiance qui s’annonce contrasté. Selon les éléments rapportés par la presse beyrouthine, l’exécutif dont la trajectoire est résumée autour de la figure de Zeidi peine à fédérer une majorité parlementaire claire, dans un contexte où la priorité officielle reste la sortie de la crise financière la plus grave qu’ait connue le pays depuis son indépendance. Le défi économique trône donc en tête de l’agenda, mais sans coalition stable, sa traduction législative demeure incertaine.

Depuis l’effondrement de la livre libanaise amorcé en 2019, la dépréciation cumulée dépasse 98 % face au dollar, l’inflation a pulvérisé le pouvoir d’achat et le système bancaire fonctionne en marge des normes internationales. Le programme de redressement négocié avec le Fonds monétaire international (FMI) en 2022, assorti d’un accord de principe portant sur environ trois milliards de dollars, reste suspendu à des préalables structurels jamais adoptés. Sur ce socle dégradé, toute équipe gouvernementale arrive nécessairement diminuée.

Une confiance parlementaire amputée d’emblée

La séance de confiance prévue à la Chambre traduit moins une adhésion qu’une tolérance conditionnelle. Plusieurs blocs ont laissé entendre qu’ils voteraient pour, tout en se réservant la faculté de bloquer les textes sensibles, à commencer par la restructuration bancaire et la loi sur le contrôle des capitaux. D’autres formations annoncent au contraire un vote négatif, jugeant la déclaration ministérielle insuffisamment précise sur les pertes financières estimées à plus de 70 milliards de dollars dans le secteur bancaire.

Cette confiance entamée fragilise immédiatement la marge de manœuvre du Premier ministre Nawaf Salam, dont le mandat a démarré début 2025 après une longue vacance institutionnelle. Le compromis qui a permis sa désignation, parallèlement à l’élection du président Joseph Aoun, repose sur un équilibre précaire entre forces communautaires. Reste que l’attente internationale, notamment du côté de Paris, Riyad et Washington, exige des résultats rapides en matière de gouvernance et de lutte contre la corruption.

Le dossier économique érigé en priorité de façade

Officiellement, la feuille de route ministérielle place la reconstruction de la confiance financière au sommet des chantiers. Sont évoqués la relance des négociations avec le FMI, l’audit de la Banque du Liban (BDL), la réforme de l’électricité publique d’Électricité du Liban (EDL) et la sécurisation des dépôts. Chacun de ces volets bute toutefois sur des arbitrages politiques que les précédents cabinets, depuis celui de Hassan Diab en 2020, n’ont jamais tranchés.

Concrètement, la question de la répartition des pertes entre l’État, la banque centrale, les banques commerciales et les déposants constitue le nœud du blocage. Les créanciers étrangers, eux, surveillent le sort des eurobonds en défaut depuis mars 2020, dont le stock dépasse trente milliards de dollars. À ce stade, aucun scénario de restructuration n’a obtenu l’aval simultané des parlementaires, des actionnaires bancaires et des autorités monétaires.

Reconstruction du Sud et pression sécuritaire

Par ailleurs, la trêve fragile conclue fin 2024 entre le Hezbollah et Israël, sous médiation américaine et française, transfère sur le gouvernement la charge colossale de la reconstruction du Sud-Liban et de la Békaa. Les estimations préliminaires de la Banque mondiale chiffrent les dommages directs entre huit et dix milliards de dollars, sans inclure la reprise de l’activité économique. Or, aucun mécanisme de financement international n’a été formellement débloqué, les bailleurs conditionnant leurs engagements à des réformes vérifiables.

Dans le même temps, l’application de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, le déploiement renforcé de l’armée libanaise au sud du Litani et la question des armes hors du contrôle de l’État pèsent sur la stabilité gouvernementale. Chaque inflexion sécuritaire se répercute sur la prime de risque souverain et sur les flux de transferts de la diaspora, dont la Banque mondiale rappelle qu’ils représentent encore près d’un tiers du produit intérieur brut.

Pour Beyrouth, la séquence parlementaire qui s’ouvre vaudra moins par le résultat numérique du scrutin que par la lisibilité du cap. Une confiance acquise sans majorité solide n’est pas une feuille blanche : c’est un sursis. Selon Al Akhbar, c’est bien cette équation, davantage qu’une crise ouverte, qui structurera les prochains mois de l’action ministérielle.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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