À quelques mois d’échéances électorales sensibles, le président du Front populaire ivoirien (FPI), Pascal Affi N’Guessan, remet sur la table un sujet récurrent de la vie politique en Côte d’Ivoire : la refonte de la Commission électorale indépendante (CEI). L’ancien Premier ministre estime que l’organe en charge d’organiser les scrutins doit être dissous au profit d’une institution placée au-dessus de tout soupçon, étrangère aux logiques d’inféodation au pouvoir comme à l’opposition. Cette sortie réactive un débat structurant pour la crédibilité du processus électoral ivoirien.
La composition de la CEI à nouveau contestée
La CEI ivoirienne cristallise les critiques depuis plusieurs cycles électoraux. Sa composition, jugée déséquilibrée par une partie de l’opposition, a déjà été épinglée par la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples dans plusieurs décisions rendues entre 2016 et 2020. Le pouvoir ivoirien, de son côté, a procédé à des réaménagements successifs, sans parvenir à dégager un consensus politique large autour de la commission. Le plaidoyer d’Affi N’Guessan s’inscrit dans cette continuité contestataire.
Pour le leader du FPI, la question dépasse la seule recomposition. Il s’agirait, selon lui, d’instituer un arbitre dont la légitimité ne souffre d’aucune ambiguïté partisane, condition nécessaire à l’acceptation des résultats par l’ensemble des forces en présence. Cette exigence d’équidistance vis-à-vis du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) au pouvoir et des formations d’opposition revient à interroger la conception même de l’indépendance institutionnelle en Côte d’Ivoire.
Un précédent de défiance qui pèse sur 2025
L’horizon de la présidentielle de 2025 explique en grande partie la vivacité du débat. Le scrutin de 2020, marqué par la candidature contestée du président Alassane Ouattara à un troisième mandat et par le boycott d’une partie de l’opposition, avait laissé des traces. Les violences qui avaient accompagné la campagne, ainsi que les contestations relatives à la liste électorale, avaient nourri une défiance durable envers l’organisation des scrutins.
Dans ce contexte, la posture d’Affi N’Guessan vise à obtenir des garanties préalables. La revendication d’une structure neutre s’accompagne implicitement d’une demande de réouverture du dialogue politique, dans un pays où les retours d’exil de figures majeures, à l’image de Laurent Gbagbo et de Guillaume Soro, ont rebattu les cartes du paysage. Le FPI, longtemps fragilisé par ses scissions internes, cherche à peser sur l’agenda institutionnel en se positionnant sur le terrain de la réforme électorale.
Les options sur la table
Plusieurs scénarios circulent dans le débat public ivoirien. Une refonte profonde de la CEI passerait par une renégociation de sa composition, avec une représentation rééquilibrée des partis, de la société civile et des magistrats. D’autres voix évoquent la création d’une autorité administrative indépendante adossée à un comité d’experts non partisans, modèle inspiré d’expériences ouest-africaines récentes. Enfin, une troisième hypothèse, plus radicale, consisterait à confier l’organisation des scrutins à une administration technique permanente, distincte du jeu politique courant.
Aucune de ces pistes ne dispose, à ce stade, d’un débouché institutionnel. Le pouvoir ivoirien n’a pas indiqué d’inflexion majeure sur la gouvernance de la CEI, et le calendrier législatif demeure incertain. La question reste néanmoins déterminante pour le climat politique des prochains mois, en particulier pour la participation des principales formations d’opposition au scrutin présidentiel.
Au-delà du cas ivoirien, le débat ravivé par Affi N’Guessan résonne avec les interrogations qui traversent plusieurs démocraties d’Afrique de l’Ouest sur l’indépendance effective des organes électoraux. La crédibilité d’un arbitre y conditionne, davantage qu’ailleurs, la stabilité postélectorale. Selon Abidjan.net.
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