Cybastion projette 42 milliards FCFA pour un data center IA à Douala

Close-up of server racks in a data center highlighting modern technology infrastructure.Photo : panumas nikhomkhai / Pexels

Le groupe technologique américain Cybastion souhaite implanter à Douala un data center orienté vers les charges de travail d’intelligence artificielle, pour un ticket estimé à 75 millions de dollars. L’infrastructure est présentée comme un « centre de données souverain », vocable désormais courant dans les stratégies numériques africaines, censé garantir la localisation des capacités de calcul, de stockage et de services associés. L’annonce a été formalisée lors du premier Dialogue économique et commercial entre Yaoundé et Washington, le 27 août 2026. À ce stade, l’opération relève de l’intention d’investissement, sans engagement financier bouclé.

Le dossier reste, pour l’heure, peu documenté. Cybastion n’a communiqué ni la puissance informatique visée, exprimée en mégawatts IT, ni la capacité de la centrale électrique associée, ni la technologie de production retenue. Le site précis dans la capitale économique camerounaise, le calendrier des travaux et la structuration financière des 75 millions de dollars demeurent également inconnus. Autant d’inconnues qui séparent une déclaration d’intention d’un projet industriel bancable.

Une centrale électrique dédiée, marqueur du projet camerounais

La singularité de l’annonce tient à l’adossement d’une capacité de production électrique au data center. Une salle serveurs doit fonctionner sans interruption et absorbe une consommation stable, notamment pour les baies et les systèmes de refroidissement. La charge grimpe encore lorsque l’infrastructure héberge des serveurs graphiques dédiés à l’entraînement ou à l’inférence de modèles d’IA, dont la densité thermique dépasse largement celle des équipements classiques. Sécuriser l’énergie en amont apparaît donc comme une réponse aux fragilités du réseau national.

La question de la viabilité économique de ces infrastructures n’est pas nouvelle au Cameroun. Le Centre national de développement de l’informatique (CENADI) a consacré une étude aux modèles d’exploitation et aux contraintes de rentabilité des centres de données locaux. Le pari de Cybastion consistera à démontrer qu’un adossement énergétique captif peut lisser les coûts d’exploitation et sécuriser une offre à destination des administrations, des banques et des opérateurs télécoms.

Un marché camerounais déjà occupé

Le futur entrant américain ne s’installerait pas sur un terrain vierge. L’opérateur historique CAMTEL exploite à Zamengoé, en périphérie de Yaoundé, un data center certifié Tier III, standard qui garantit une redondance élevée. À Douala, ST Digital dispose d’un centre privé équipé de matériels dédiés à l’intelligence artificielle, visité en juillet 2025 par la ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng. Le projet Cybastion devra donc se différencier par sa capacité, ses tarifs d’hébergement, la puissance mobilisable et le profil de sa clientèle. Aucun de ces paramètres n’a été rendu public.

Une référence ivoirienne comme carte de visite

Cybastion peut néanmoins s’appuyer sur un précédent régional. En août 2025, l’Export-Import Bank of the United States (EXIM) a approuvé une garantie de 66,14 millions de dollars pour financer le data center national de Côte d’Ivoire. Le montage réunit le ministère ivoirien des Finances comme emprunteur, Cybastion Institute of Technology comme exportateur et Citibank comme prêteur bénéficiant de la couverture publique américaine. En mai 2026, EXIM a distingué cette opération comme « Industries of the Future Deal of the Year », signal fort de la volonté de Washington de pousser ses acteurs technologiques sur le continent.

Rien de comparable n’a pour l’instant été annoncé côté camerounais. L’enveloppe de 75 millions de dollars s’inscrit dans un portefeuille global d’environ 7 milliards de dollars, près de 4 000 milliards de FCFA, d’opportunités identifiées lors du dialogue de Yaoundé. Le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT) rappelle toutefois que ces projets se trouvent à des stades de maturité variables et relèvent d’intentions qu’il reste à convertir en réalisations tangibles.

Les prochains jalons attendus concerneront l’identité des financeurs, la puissance installée du data center et de sa centrale, la localisation exacte à Douala, le calendrier des travaux et les éventuelles garanties souveraines accordées par l’État camerounais. Ce sont ces paramètres qui indiqueront si Cybastion transforme son annonce en actif opérationnel ou si le projet rejoint la longue liste des intentions non concrétisées. Selon Investir au Cameroun, ces éléments conditionneront la crédibilité du projet.

Pour aller plus loin

Uber se retire du Nigeria et de l’Ouganda après douze ans · Sénégal : la justice condamne Atos face à la DGPU à Dakar · La SEEG reprend le contrôle après une cyberattaque massive au Gabon

Actualité africaine

About the Author

Prosper Mbouma
Journaliste économique spécialisé dans les télécommunications et la souveraineté numérique. Ancien correspondant pour plusieurs publications panafricaines, Prosper Mbouma suit depuis une décennie les stratégies des opérateurs mobiles, les politiques spectrales et l'infrastructure numérique de l'Afrique francophone. Il analyse régulièrement les implications géopolitiques de la 5G et des câbles sous-marins.

Be the first to comment on "Cybastion projette 42 milliards FCFA pour un data center IA à Douala"

Laisser un commentaire