La décision est tombée sans préavis. Uber, plateforme californienne de véhicules de transport avec chauffeur (VTC), a acté le 3 septembre son retrait immédiat du Nigeria et de l’Ouganda, deux économies où elle opérait depuis 2013. Douze années de présence commerciale s’achèvent ainsi dans deux pays où le groupe avait pourtant investi pour imposer son modèle face aux acteurs locaux et régionaux. L’annonce intervient alors que la concurrence sur le segment de la mobilité connectée africaine n’a jamais été aussi vive.
Un retrait qui reconfigure le marché de la mobilité urbaine
Lagos, Abuja, Kampala : les grandes métropoles concernées comptent parmi les plus dynamiques du continent en matière de demande de transport privé. La sortie d’Uber y laisse un vide immédiat pour des dizaines de milliers de chauffeurs partenaires et pour une clientèle urbaine désormais habituée à commander une course depuis une application. Le groupe américain était devenu, au fil des années, une référence pour la classe moyenne nigériane et les expatriés présents à Kampala.
Ce repli ouvre un boulevard aux concurrents déjà bien implantés. L’estonien Bolt, principal rival d’Uber sur les marchés africains, capte une part croissante des courses urbaines, notamment à Lagos. Des acteurs locaux comme inDrive, Rida ou Bolt Food se disputent également le terrain. Concrètement, la question n’est plus de savoir si le marché nigérian de la mobilité connectée trouvera un repreneur naturel, mais à quelle vitesse la redistribution se fera au bénéfice des plateformes rivales.
Douze ans d’implantation contrariée
Uber avait choisi Lagos en 2014 comme tête de pont pour l’Afrique de l’Ouest, avant d’étendre progressivement ses opérations vers d’autres capitales. En Ouganda, l’entreprise s’était installée en 2016, misant sur une clientèle urbaine croissante et une classe moyenne en expansion. Mais le modèle californien s’est heurté à plusieurs obstacles structurels : dépréciation des monnaies locales, hausse continue du prix des carburants, exigences réglementaires mouvantes et tensions récurrentes avec les chauffeurs partenaires.
Au Nigeria, les grèves de conducteurs se sont multipliées ces dernières années pour dénoncer le niveau des commissions prélevées par la plateforme, jugé incompatible avec la rentabilité réelle d’une course dans un environnement où le prix du litre d’essence a bondi après la suppression des subventions en 2023. La naira, qui a perdu une part significative de sa valeur face au dollar depuis la libéralisation du taux de change, a par ailleurs alourdi les coûts opérationnels d’un groupe dont les revenus sont convertis en devise américaine.
Un recentrage stratégique à l’échelle continentale
Le retrait d’Uber du Nigeria et de l’Ouganda intervient dans un mouvement plus large de rationalisation. La plateforme, cotée à New York, cherche depuis plusieurs trimestres à consolider sa rentabilité en se recentrant sur les marchés matures et les segments les plus profitables. En Afrique, cela signifie une concentration probable sur l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Kenya, le Ghana et la Côte d’Ivoire, où les volumes et la structure des paiements électroniques offrent de meilleures perspectives.
Pour les autorités nigérianes et ougandaises, la sortie d’un opérateur international pose la question de l’attractivité du cadre réglementaire appliqué à l’économie des plateformes. Lagos réfléchit depuis plusieurs années à un encadrement plus strict des VTC, incluant licences, prélèvements et obligations sociales pour les chauffeurs. Kampala a suivi une trajectoire comparable. Ces cadres, s’ils protègent les travailleurs, alourdissent aussi les charges des opérateurs étrangers dont la marge est déjà comprimée par la volatilité macroéconomique.
Quelles perspectives pour les chauffeurs et les usagers
Reste l’impact humain. Plusieurs milliers de chauffeurs partenaires perdent, du jour au lendemain, un canal de revenu qu’ils avaient parfois financé par un crédit automobile. Certains basculeront naturellement vers Bolt ou inDrive, déjà présents avec des applications compatibles. D’autres pourraient se tourner vers des solutions locales moins structurées. À court terme, les usagers de Lagos et de Kampala devraient constater une hausse temporaire des tarifs, le temps que la demande se rééquilibre entre les acteurs restants.
Le départ d’Uber illustre les limites d’un modèle importé sans adaptation profonde aux réalités monétaires et sociales africaines. Il rappelle aussi que la souveraineté numérique passe par la capacité à faire émerger des champions régionaux capables de résister aux cycles économiques mondiaux. Selon PressAfrik, l’annonce a été rendue publique le mercredi 3 septembre.
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