Le paiement mobile poursuit sa montée en puissance au Gabon, malgré un léger essoufflement conjoncturel. Au 31 mars 2026, le chiffre d’affaires cumulé des opérateurs de Mobile Money a fléchi de 2,5% par rapport au 31 décembre 2025, selon les données publiées par la presse gabonaise. Ce repli, limité, contraste avec la trajectoire annuelle du secteur, qui demeure orientée à la hausse. Surtout, un segment tire spectaculairement l’ensemble vers le haut : les transferts internationaux, dont le volume s’est envolé de 196,3% sur la période, soit un quasi-triplement.
Une dynamique transfrontalière portée par la diaspora
La performance des flux internationaux redessine la cartographie du Mobile Money gabonais. Longtemps cantonné aux transactions domestiques, aux paiements de factures et aux transferts de proximité, le portefeuille électronique s’impose désormais comme un canal privilégié pour les envois transfrontaliers. Cette bascule s’explique par plusieurs facteurs convergents : l’interopérabilité croissante entre opérateurs de la sous-région, la digitalisation des corridors de remittances et le recul progressif des solutions traditionnelles jugées coûteuses.
La diaspora gabonaise, mais aussi les communautés africaines présentes sur le territoire, tirent parti de ces nouveaux couloirs numériques. Concrètement, les envois depuis l’Europe, l’Amérique du Nord et les autres pays de la CEMAC transitent désormais massivement par les applications mobiles, court-circuitant les acteurs historiques du transfert d’argent. Le taux de croissance de 196,3% sur un seul trimestre traduit un effet de rattrapage, mais aussi un basculement structurel des habitudes.
Un tassement domestique qui interroge
Face à cet essor international, le léger repli du chiffre d’affaires global de 2,5% mérite une lecture attentive. Il traduit moins un désamour des utilisateurs qu’un possible effet de saisonnalité, le premier trimestre suivant traditionnellement une période de forte consommation en fin d’année. Le nombre de transactions financières reste soutenu, signe que la base d’usagers continue de s’élargir même si le panier moyen évolue.
Par ailleurs, la concurrence entre les principaux opérateurs — Airtel Money et Moov Money notamment — pèse sur les commissions et compresse mécaniquement les revenus par transaction. Cette guerre tarifaire profite aux utilisateurs finaux, à qui elle offre des services de plus en plus abordables, mais elle contraint les acteurs à muscler leurs offres à valeur ajoutée : crédit instantané, épargne, assurance, paiement marchand.
Un levier stratégique pour l’inclusion financière
Pour les autorités monétaires et le régulateur, ces chiffres confirment le rôle central du Mobile Money dans la stratégie d’inclusion financière du Gabon. Le pays affiche l’un des taux de bancarisation les plus élevés de la CEMAC, mais une part significative de la population reste à l’écart des circuits bancaires classiques. Le téléphone portable comble ce fossé, en offrant un accès démultiplié aux services financiers de base.
La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) surveillent de près ce segment, à la fois pour prévenir les risques de blanchiment et pour encadrer l’essor rapide des flux transfrontaliers. La montée en puissance des transferts internationaux via Mobile Money soulève en effet des enjeux de traçabilité, de conformité et de fiscalité qui appellent une coordination renforcée entre régulateurs de la sous-région.
Reste que la trajectoire est claire. Avec un triplement des flux internationaux en trois mois, le Gabon confirme son positionnement parmi les marchés africains où la finance mobile mute le plus vite. Les opérateurs télécoms, devenus de facto des acteurs financiers de premier plan, devront désormais consolider leurs infrastructures pour absorber cette croissance sans dégrader la qualité de service. Le second trimestre 2026 dira si cette envolée relève d’un pic isolé ou d’une tendance de fond appelée à se prolonger. Selon Gabon Review.
Pour aller plus loin
Loi bancaire UMOA : une transposition à deux vitesses dans huit États · Moody’s relève la note souveraine du Bénin à Ba3 avec perspective stable · Les banques marocaines confirment leur dynamique au premier semestre 2026

Be the first to comment on "Gabon : les transferts Mobile Money internationaux bondissent de 196%"