Eau à Libreville : le Gabon verse 2 milliards de FCFA à Suez

A close-up shot of a water droplet falling from an outdoor tap, highlighting water conservation issues.Photo : Sudarson Alwin / Pexels

Le stress hydrique qui asphyxie Libreville pousse les autorités gabonaises à sortir le chéquier. Selon les informations rapportées, l’exécutif a décidé d’allouer une enveloppe de deux milliards de francs CFA au groupe Suez, multinationale française spécialisée dans la gestion de l’eau, afin de dénouer une impasse opérationnelle qui prive régulièrement les ménages de la capitale d’accès au réseau. Cette décision intervient alors que les coupures à répétition alimentent depuis plusieurs mois un mécontentement social tangible et fragilisent la crédibilité de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG).

Une capitale étranglée par les coupures

À Libreville, l’eau courante relève désormais du privilège intermittent. Quartiers populaires comme zones résidentielles subissent des ruptures d’alimentation qui contraignent les habitants à recourir aux forages privés, aux citernes ou aux vendeurs ambulants. La capitale gabonaise concentre une part déterminante de la population nationale, ce qui amplifie la portée politique de la crise. Le phénomène, qualifié de stress hydrique par les autorités elles-mêmes, traduit un décalage croissant entre la demande urbaine et les capacités de production et de distribution de l’opérateur historique.

Les causes du blocage sont multiples. Vieillissement des infrastructures, pertes techniques élevées sur le réseau de distribution, sous-investissement chronique dans les unités de traitement et tensions sur la ressource brute se conjuguent. Le gouvernement de transition, issu du changement politique d’août 2023, a fait de la résorption de cette crise un marqueur de sa gouvernance. L’arbitrage en faveur d’un retour technique de Suez révèle l’ampleur des difficultés rencontrées pour redresser la situation par les seules ressources nationales.

Le retour technique de Suez, un aveu stratégique

Le groupe français n’est pas un acteur inconnu au Gabon. Suez a longtemps été partie prenante de la gestion de l’eau dans le pays avant les recompositions intervenues autour de la SEEG. La décision de remobiliser ses équipes par une dotation de deux milliards de francs CFA, soit environ trois millions d’euros, s’apparente à un appel à l’expertise pour stabiliser rapidement la production. Concrètement, cette enveloppe doit financer des prestations techniques ciblées plutôt qu’une refonte intégrale du modèle concessionnel.

L’arbitrage soulève toutefois une question de fond. Confier à un opérateur étranger le redressement d’un service essentiel interroge la trajectoire de souveraineté affichée par les autorités gabonaises depuis la transition. Le pouvoir assume ce pragmatisme, mettant en avant l’urgence sanitaire et sociale. Reste que la mesure illustre les limites du capital humain et technique disponible au sein de l’opérateur public pour traiter, seul, un dossier aussi complexe que la remise à niveau d’un réseau urbain saturé.

Un enjeu de gouvernance pour la transition

Au-delà du geste financier, le dossier de l’eau à Libreville cristallise les défis structurels du Gabon en matière d’infrastructures. Les besoins d’investissement dans le secteur sont estimés à plusieurs centaines de milliards de francs CFA pour rattraper le retard accumulé. Le gouvernement devra articuler les interventions ponctuelles de Suez avec une stratégie de plus long terme, susceptible de mobiliser bailleurs multilatéraux et capitaux privés. La Banque africaine de développement et la Banque mondiale figurent traditionnellement parmi les partenaires sollicités sur ce type de programmes.

Par ailleurs, la transparence sur l’emploi de l’enveloppe versée au groupe français sera scrutée. Acteurs de la société civile et opposition exigeront vraisemblablement des indicateurs précis de performance : volumes produits, taux de desserte effective, durée des coupures résiduelles. La pression de l’opinion publique, particulièrement sensible sur le sujet de l’eau, ne laissera pas de marge à un échec retentissant. Pour Brazzaville et d’autres capitales d’Afrique centrale qui observent la situation, le cas gabonais constitue un précédent instructif sur l’articulation entre souveraineté affichée et recours assumé à l’expertise étrangère.

Dans l’immédiat, les habitants de Libreville attendent surtout des résultats tangibles au robinet. Le calendrier de mise en œuvre de la prestation Suez et les premiers effets sur la continuité du service détermineront la lecture politique de cette opération. Selon Info241.

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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