Eco : le Nigeria, la Sierra Leone et la Gambie démentent tout retrait

Close-up of a man holding Nigerian naira bills outdoors in Bida, Nigeria.Photo : Abubakar Ogaji / Pexels

La monnaie unique de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), baptisée Eco, se retrouve à nouveau au cœur d’une controverse. Depuis quelques jours, une information circule avec insistance sur les réseaux sociaux et dans certains médias : le Nigeria, la Sierra Leone et la Gambie auraient officiellement retiré leur adhésion au projet. Vérifications faites, aucun des trois gouvernements concernés n’a pris pareille décision, et la feuille de route régionale demeure formellement en vigueur.

Une rumeur virale sans fondement officiel

L’origine de la confusion tient à une lecture approximative de déclarations techniques formulées par des responsables monétaires ouest-africains. À Abuja comme à Freetown ou à Banjul, aucune notification officielle de retrait n’a été transmise aux instances communautaires. Les ministères des Finances des trois pays continuent de participer aux réunions du programme de coopération monétaire de la CEDEAO, cadre historique dans lequel s’inscrit la préparation de l’Eco.

Les autorités nigérianes, en particulier, ont rappelé leur attachement à une approche graduelle. La première économie ouest-africaine, dont le poids démographique et financier reste déterminant pour la crédibilité de toute future monnaie régionale, avait déjà exprimé par le passé des réserves sur le calendrier. Ces réserves techniques ne valent cependant pas rupture politique, contrairement à ce que suggèrent plusieurs publications virales.

Un projet monétaire toujours structuré autour de critères de convergence

Adopté formellement en 2019 à Abuja, le principe de la monnaie unique repose sur le respect de critères de convergence macroéconomique : maîtrise de l’inflation, plafonnement du déficit budgétaire, stabilisation du taux de change et niveau soutenable de la dette publique. Ces indicateurs conditionnent l’entrée effective des États dans la future zone Eco. À ce jour, très peu de pays satisfont simultanément l’ensemble des critères, ce qui explique les reports successifs du lancement, initialement envisagé pour 2020 puis repoussé à plusieurs échéances ultérieures.

La Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO), qui regroupe notamment le Nigeria, le Ghana, la Sierra Leone, la Gambie, le Liberia et la Guinée, constitue l’un des piliers du projet. Elle vise à harmoniser progressivement les politiques monétaires des pays non membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Les travaux techniques y sont poursuivis sous la houlette de l’Institut monétaire de l’Afrique de l’Ouest, sans que Freetown ou Banjul n’aient signifié de désengagement.

Les enjeux stratégiques d’une désinformation ciblée

La circulation de fausses informations autour de l’Eco n’est pas anodine. Le sujet cristallise des tensions anciennes entre les pays de la zone franc, arrimés à un régime de parité fixe avec l’euro, et les États anglophones de la ZMAO, attachés à leur souveraineté monétaire. Chaque annonce, réelle ou supposée, alimente la controverse sur la gouvernance future de la monnaie régionale, sur le choix de son ancrage et sur le rôle de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) dans l’architecture cible.

Le retrait annoncé, en début d’année, des trois États sahéliens de l’Alliance des États du Sahel a par ailleurs fragilisé la cohésion communautaire et rendu les opinions publiques particulièrement sensibles à toute information relative à l’architecture régionale. Dans ce climat, une rumeur d’abandon de l’Eco par trois poids lourds anglophones prend d’autant plus d’ampleur qu’elle vient conforter les récits d’un effritement de l’intégration ouest-africaine.

Reste que les faits, à ce stade, ne corroborent pas ces récits. Les chancelleries concernées maintiennent leur signature au bas des textes fondateurs, et les banques centrales poursuivent leurs travaux techniques. La prudence s’impose donc face aux annonces spectaculaires qui prospèrent en marge des sommets régionaux, à un moment où la crédibilité même de la CEDEAO se joue autant sur le terrain économique que sur celui de l’information. Selon Financial Afrik.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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