Sénégal : la CNES réclame des concertations économiques d’urgence

A vibrant minibus travels the streets of Dakar, passing a historic church under a clear blue sky.Photo : Lom Doudou / Pexels

Le patronat sénégalais hausse le ton. Dans une tribune publiée cette semaine, Abd’El Kader Ndiaye, président de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES), réclame l’ouverture sans délai de concertations nationales centrées sur l’économie. Le dirigeant patronal estime que la conjoncture actuelle ne tolère plus l’attentisme et que les entreprises locales attendent des décisions structurantes pour sécuriser leurs investissements et préserver l’emploi.

Un appel pressant du patronat sénégalais

La sortie d’Abd’El Kader Ndiaye intervient dans un contexte où le secteur privé sénégalais multiplie les signaux d’inquiétude. Trésorerie sous tension, retards de paiement de la commande publique, accès au crédit contraint : les motifs d’alarme s’accumulent pour les entrepreneurs, en particulier les PME. Le président de la CNES considère qu’un cadre de dialogue formalisé entre l’État, les organisations patronales et les partenaires sociaux constitue désormais une nécessité opérationnelle, et non un simple exercice de communication.

Le ton choisi par le dirigeant patronal traduit une exaspération mesurée. La CNES, qui fédère un large pan du tissu entrepreneurial national, plaide pour que ces concertations dépassent les déclarations d’intention. L’enjeu, selon lui, consiste à transformer le diagnostic partagé sur les difficultés du moment en feuille de route applicable, assortie d’échéances et d’indicateurs vérifiables. Sans ce passage à l’acte, prévient-il en substance, le risque d’un décrochage de l’appareil productif s’aggrave.

Climat des affaires et confiance des investisseurs en jeu

Au cœur de la démarche, la question du climat des affaires occupe une place centrale. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye et du Premier ministre Ousmane Sonko, les opérateurs économiques scrutent les inflexions de la politique publique. Les annonces relatives à la renégociation de certains contrats, à l’audit des finances publiques et à la réorientation du modèle de développement ont nourri des attentes mais aussi des incertitudes. Pour la CNES, lever ces ambiguïtés passe par un échange direct et continu avec les pouvoirs publics.

Le patronat sénégalais insiste sur la nécessité de stabiliser le cadre fiscal et réglementaire. Les investisseurs, qu’ils soient nationaux ou étrangers, conditionnent leurs arbitrages à la lisibilité des règles applicables. Or, la perspective d’un ajustement budgétaire, conjuguée aux discussions en cours avec le Fonds monétaire international, alimente l’attentisme. Abd’El Kader Ndiaye plaide pour que les arbitrages à venir soient adossés à une concertation préalable avec les acteurs économiques, afin d’éviter des effets de bord sur l’investissement privé et la création d’emplois.

Une méthode pour sortir de l’attentisme

Au-delà du diagnostic, la confédération patronale esquisse une méthode. Le dirigeant appelle à des assises économiques associant administration, organisations professionnelles, partenaires sociaux et représentants du secteur informel. L’objectif consisterait à hiérarchiser les chantiers prioritaires : apurement de la dette intérieure, soutien à la trésorerie des PME, accès au financement, fiscalité incitative, formation et compétitivité. La CNES défend une approche pragmatique, ancrée sur des mesures rapides et un calendrier resserré.

Ce plaidoyer s’inscrit dans une tradition de dialogue social que le Sénégal a régulièrement mobilisée lors des grandes inflexions de politique économique. Reste que la portée de l’exercice dépendra de la volonté de l’exécutif d’en faire un cadre décisionnel et non un forum consultatif. Les organisations patronales rappellent que la croissance, la stabilité macroéconomique et la soutenabilité de la dette ne se décrètent pas sans l’adhésion du secteur productif. Dans le même temps, la pression sociale liée au coût de la vie et au chômage des jeunes ajoute une dimension politique forte à ce débat économique.

Concrètement, la balle se trouve désormais dans le camp des autorités. La CNES laisse entendre qu’un signal rapide de Dakar permettrait de réenclencher la dynamique d’investissement et de restaurer la confiance. À défaut, le patronat redoute un cercle vicieux où l’attentisme nourrit la contraction de l’activité, qui à son tour fragilise les recettes publiques. Selon Seneweb, la tribune d’Abd’El Kader Ndiaye se veut un appel sans ambiguïté à transformer l’urgence ressentie en action gouvernementale concertée.

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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