Troisième mandat en RDC : l’opposition fustige Félix Tshisekedi

Aerial view of city under a bright blue sky with scattered clouds.Photo : Vika Glitter / Pexels

La question d’un troisième mandat de Félix Tshisekedi cristallise désormais les tensions politiques en République démocratique du Congo. Le 6 mai 2026, le chef de l’État congolais a ouvert la voie à une éventuelle révision constitutionnelle qui passerait par un référendum, tout en évoquant un report possible de la présidentielle de 2028 si l’insécurité persistait dans la partie orientale du territoire. Au pouvoir depuis janvier 2019 et réélu en décembre 2023, le président âgé de 62 ans achèvera son second mandat dans deux ans. Or la Loi fondamentale de 2006 verrouille à deux le nombre de mandats présidentiels consécutifs.

Une opposition qui dénonce une manœuvre constitutionnelle

Plusieurs formations de l’opposition congolaise ont vivement réagi aux propos présidentiels, qualifiant la démarche de « mauvaise foi » et pointant une « cacophonie » au sommet de l’État. Les critiques visent un paradoxe central : l’idée d’organiser un référendum pour modifier la Constitution tout en arguant que la situation sécuritaire dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu rendrait impossible la tenue d’une présidentielle. Si les conditions ne permettent pas un scrutin national en 2028, comment justifier l’organisation d’une consultation référendaire d’ampleur équivalente, interrogent en substance les détracteurs du chef de l’État.

Pour les opposants, l’invocation du conflit dans l’est sert avant tout à préparer le terrain d’un maintien au pouvoir. Le Mouvement du 23 mars (M23), soutenu par le Rwanda selon plusieurs rapports onusiens, contrôle depuis le début de l’année 2025 des pans entiers des provinces orientales, dont les villes de Goma et Bukavu. Cette emprise rebelle nourrit un climat sécuritaire détérioré que Kinshasa met en avant pour justifier une éventuelle prorogation des délais constitutionnels. Les formations d’opposition y voient l’instrumentalisation d’une crise réelle au service d’un agenda personnel.

Le précédent du verrouillage constitutionnel en Afrique centrale

La séquence congolaise s’inscrit dans une tendance régionale lourde. Plusieurs chefs d’État d’Afrique centrale ont déjà recouru à la révision constitutionnelle pour s’affranchir de la limitation des mandats. Au Congo-Brazzaville, au Tchad, au Cameroun, au Rwanda ou au Burundi, des consultations référendaires ont permis de remettre les compteurs présidentiels à zéro ou de supprimer purement et simplement le verrou des deux mandats. La RDC, qui n’avait jamais cédé à cette tentation depuis l’adoption de sa Constitution sous Joseph Kabila, pourrait à son tour franchir le pas.

Reste que le contexte interne diffère sensiblement. Félix Tshisekedi est arrivé au pouvoir en se réclamant de l’héritage démocratique de son père, Étienne Tshisekedi, figure historique de l’opposition à Mobutu Sese Seko puis à Kabila. Toute remise en cause des plafonds constitutionnels exposerait le président à une accusation de reniement politique, particulièrement sensible pour son socle électoral. Plusieurs cadres de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti présidentiel, ont d’ailleurs marqué publiquement leur prudence ces derniers mois sur la question.

Un calendrier politique sous haute tension

L’horizon 2028 s’annonce donc particulièrement disputé. Outre la révision constitutionnelle évoquée, plusieurs paramètres pèseront sur l’équation. La capacité des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) à reprendre le contrôle de l’est, l’évolution du dialogue régional dans le cadre des processus de Luanda et Nairobi, ainsi que la posture des partenaires internationaux, à commencer par les États-Unis et l’Union européenne, façonneront l’espace politique des prochains mois. Washington, qui a noué en 2025 un partenariat sur les minerais critiques avec Kinshasa, dispose d’un levier d’influence non négligeable.

Pour les opposants, dont Martin Fayulu et Moïse Katumbi figurent parmi les voix les plus audibles, l’enjeu consiste à transformer la contestation actuelle en mobilisation politique structurée. La société civile congolaise, l’Église catholique et les Églises de réveil, traditionnellement attentives aux équilibres institutionnels, observeront de près les prochaines initiatives présidentielles. Une saisine éventuelle de la Cour constitutionnelle ne ferait que prolonger un débat appelé à dominer la vie publique congolaise jusqu’à l’échéance de 2028. Selon RFI Afrique, plusieurs partis d’opposition ont d’ores et déjà annoncé leur intention de poursuivre la dénonciation publique de ces orientations.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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