La justice guinéenne a allégé la peine infligée à Ibrahima Kassory Fofana, chef du gouvernement sous Alpha Condé entre 2018 et 2021. La Cour d’appel de Conakry, saisie après le verdict rendu en première instance par la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), a révisé la sanction pesant sur l’ancien haut responsable, poursuivi pour des faits d’enrichissement illicite et de détournement présumé de deniers publics. Cette décision marque une nouvelle étape dans la procédure ouverte contre plusieurs figures de l’ancien régime civil, renversé par le colonel Mamadi Doumbouya le 5 septembre 2021.
Un verdict qui recompose le dossier anticorruption
Kassory Fofana comptait parmi les personnalités les plus exposées de la vague d’inculpations lancée par la junte au nom de l’assainissement des finances publiques. Placé sous mandat de dépôt en avril 2022, l’ancien Premier ministre a passé de longs mois en détention à la maison centrale de Conakry avant d’être jugé. La CRIEF, juridiction spécialisée créée pour traiter les dossiers financiers sensibles, avait prononcé en première instance une peine assortie de sanctions patrimoniales lourdes, incluant confiscations d’avoirs et interdictions civiques.
La réduction obtenue en appel modifie l’équilibre du dossier. Elle rappelle aussi la trajectoire d’un homme longtemps considéré comme l’un des piliers économiques du régime Condé. Ancien cadre de la Banque mondiale, ministre de l’Économie et des Finances puis chef du gouvernement, Kassory Fofana a piloté plusieurs programmes structurants, de la mobilisation des recettes fiscales à la négociation des grands contrats miniers. Sa défense a systématiquement contesté la qualification retenue par les procureurs, plaidant l’existence d’un procès politique.
La CRIEF, instrument central de la transition
Créée en décembre 2021, quelques semaines après la prise du pouvoir par le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), la CRIEF concentre l’essentiel de l’offensive judiciaire menée contre l’ancienne équipe dirigeante. Plusieurs anciens ministres, directeurs généraux d’entreprises publiques et hauts fonctionnaires y ont comparu depuis 2022. La juridiction a été présentée par les autorités de transition comme le bras armé d’une rupture avec les pratiques opaques imputées au régime précédent.
Mais la juridiction cristallise aussi les critiques. Des organisations de défense des droits humains et plusieurs barreaux ont pointé les longueurs des détentions provisoires, la faiblesse de certains éléments de preuve et l’absence d’un cadre législatif stabilisé. La révision de la peine de Kassory Fofana alimente ce débat. Elle suggère que les magistrats d’appel ont retenu une lecture plus mesurée des faits reprochés, sans pour autant remettre en cause le principe de la responsabilité de l’ancien Premier ministre.
Un signal politique adressé à la classe dirigeante
La décision intervient dans un contexte politique tendu. Le général Doumbouya, promu au grade supérieur en 2024, a annoncé son intention de briguer la magistrature suprême, alors même que la Charte de transition l’interdisait initialement aux membres du CNRD. Un projet de nouvelle Constitution a été soumis à référendum et adopté, ouvrant la voie à une reconfiguration institutionnelle profonde. Les procès financiers, jusque-là au cœur du récit de rupture porté par les militaires, prennent dès lors une coloration nouvelle.
Pour les partenaires internationaux de Conakry, la manière dont la justice traite les dossiers hérités de l’ère Condé constitue un indicateur suivi de près. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), les bailleurs bilatéraux et les investisseurs miniers, très présents dans la bauxite et le fer, scrutent la prévisibilité du cadre juridique guinéen. Une peine révisée en appel, motivée en droit, peut valoir gage de normalisation ; une clémence perçue comme sélective, à l’inverse, nourrirait le soupçon de règlements de comptes politiques.
Reste que la trajectoire judiciaire d’Ibrahima Kassory Fofana n’est pas nécessairement close. Un pourvoi en cassation demeure envisageable, tout comme la relance d’enquêtes connexes. À court terme, la réduction de peine offre néanmoins un répit à l’ancien Premier ministre et redonne de la voix à ceux qui, au sein de l’opposition civile, plaident pour une refonte du dispositif anticorruption. Selon Seneweb.
Pour aller plus loin
Cargolux sanctionnée au Luxembourg pour trafic d’influence au Gabon · Guirassy défend les langues nationales au Prix Yidan à Hong Kong · Affaire Prodac : Pape Malick Ndour libéré après retrait du pourvoi

Be the first to comment on "Guinée : la peine de Kassory Fofana réduite en appel"