La Guinée renonce à l’eco et conserve son franc guinéen

Colorful assortment of international paper currencies from various countries in a flat lay.Photo : Valentin Ivantsov / Pexels

La Guinée a tranché. Alors que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) prépare le lancement de l’eco, sa future monnaie unique, Conakry a annoncé qu’elle conserverait le franc guinéen. Cette décision, rendue publique par les autorités de transition dirigées par le général Mamadi Doumbouya, place le pays parmi les États réfractaires au projet d’unification monétaire régionale, dont la mise en œuvre a déjà été repoussée à plusieurs reprises depuis 2003.

Un choix qui interroge la cohérence du projet eco

Le projet de monnaie unique ouest-africaine porte l’ambition d’harmoniser les politiques monétaires de quinze États et de renforcer les échanges intracommunautaires. Sur le papier, l’eco doit succéder au franc CFA pour les huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), tout en intégrant les six économies de la Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO), dont le Nigeria, le Ghana et la Guinée. Le retrait guinéen fragilise mécaniquement cette architecture, déjà éprouvée par les divergences entre pays de la zone franc et économies à monnaies nationales flottantes.

Conakry justifie ce repli par la nécessité de préserver sa souveraineté monétaire dans une phase économique jugée sensible. Les autorités mettent en avant les contraintes qu’imposerait l’adhésion à l’eco : discipline budgétaire renforcée, plafonnement du déficit public à 3 % du PIB, inflation contenue et endettement maîtrisé. Autant de critères de convergence que peu d’États membres parviennent aujourd’hui à respecter simultanément.

Le franc guinéen, instrument de souveraineté assumé

Adopté en 1985 en remplacement du syli, le franc guinéen incarne pour Conakry une forme d’indépendance monétaire assumée depuis les indépendances. Le pays, riche en bauxite, en fer et en or, table sur ses ressources extractives pour stabiliser sa balance des paiements et alimenter les réserves de sa banque centrale. Renoncer à cet instrument reviendrait, aux yeux du pouvoir en place, à céder une part importante de la marge de manœuvre budgétaire au profit d’une gouvernance supranationale encore floue.

Le contexte politique pèse également. La Guinée traverse une transition post-coup d’État depuis septembre 2021, et ses relations avec la Cédéao ont été traversées de tensions, notamment sur le calendrier de retour à l’ordre constitutionnel. Adhérer à un projet monétaire piloté par la même organisation aurait supposé un alignement politique plus étroit, difficilement compatible avec la ligne de fermeté défendue par les autorités actuelles.

Un signal envoyé aux économies non-CFA

La position de Conakry pourrait faire école. Le Nigeria, première économie de la région, oscille depuis des années entre soutien de principe et réticences pratiques face à l’eco, la naira restant un pilier de sa politique économique. Le Ghana, engagé dans un programme du Fonds monétaire international après le défaut sur sa dette de 2022, avance lui aussi avec prudence. Dans ce contexte, la Guinée offre un précédent : celui d’un État qui, sans dénoncer publiquement le projet, choisit de ne pas s’y arrimer.

Reste que les défis techniques du chantier eco demeurent considérables. La coexistence d’un régime de change fixe hérité du franc CFA, arrimé à l’euro, et de monnaies flottantes comme le cedi ou le naira, impose une refonte profonde des mécanismes de change. La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et les banques centrales nationales de la ZMAO n’ont pas encore harmonisé leurs cadres opérationnels, condition sine qua non d’une bascule ordonnée.

Un projet régional à géométrie variable

Pour les investisseurs et les partenaires financiers, la défection guinéenne rappelle une réalité têtue : l’intégration monétaire ouest-africaine avance à géométrie variable. Les scénarios d’une eco lancée d’abord dans le périmètre de l’UEMOA, puis étendue progressivement, gagnent en crédibilité. Cette approche graduelle, moins ambitieuse que le projet initial d’une monnaie unique à quinze, aurait le mérite de sécuriser la transition pour les pays déjà arrimés au franc CFA sans imposer un saut monétaire à leurs voisins.

Conakry, en préservant son franc, envoie un message clair aux capitales de la sous-région : la souveraineté monétaire n’est pas négociable, du moins à court terme. Le calendrier de l’eco, régulièrement repoussé, devra composer avec cette nouvelle donne. Selon PressAfrik.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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