SUCAF-CI inaugure une distillerie de 30 millions de dollars à Ferké

Worker harvesting sugar cane manually in an expansive field on a sunny day.Photo : alexandre saraiva carniato / Pexels

La filière sucrière ivoirienne franchit un palier industriel. Avec l’inauguration, le 7 mai 2026, d’une distillerie de pointe sur le complexe de Ferké 2, SUCAF-CI matérialise une stratégie de valorisation des co-produits agricoles longtemps évoquée mais rarement concrétisée à cette échelle dans la sous-région. L’unité, d’un montant de 30 millions de dollars, est adossée au pôle sucrier historique de Ferkessédougou, dans le nord de la Côte d’Ivoire, à proximité immédiate des plantations de canne qui l’alimentent. L’opération est portée par la filiale ivoirienne de Somdia, le bras agro-industriel du conglomérat français Castel, déjà présent de longue date sur le marché ouest-africain des boissons et du sucre.

Une distillerie taillée pour l’économie circulaire

Le procédé retenu repose sur la transformation de la mélasse, résidu liquide de la production sucrière, en alcool extra-neutre d’un degré de pureté supérieur ou égal à 96 %. Concrètement, ce qui constituait jusqu’ici un sous-produit faiblement valorisé devient une matière première à forte valeur ajoutée, utilisable aussi bien par l’industrie des spiritueux et des boissons que par la cosmétique, la pharmacie ou la parfumerie. La logique d’économie circulaire revendiquée par l’opérateur s’inscrit dans une tendance lourde du secteur agro-industriel mondial, où la rentabilité dépend désormais autant de la transformation primaire que de la captation des flux secondaires.

L’implantation à Ferké 2 n’est pas neutre. Le site dispose déjà de la logistique cannière, des utilités énergétiques et de la main-d’œuvre qualifiée nécessaires à un démarrage rapide. Cette intégration verticale permet de réduire les coûts de transport de la mélasse, denrée pondéreuse et peu rentable à déplacer sur de longues distances. Elle limite aussi l’exposition de l’unité aux aléas d’approvisionnement, un point sensible dans un environnement où les campagnes sucrières restent soumises à la pluviométrie et aux tensions sur le foncier agricole.

Un signal envoyé à l’agro-industrie ivoirienne

Pour Abidjan, la mise en service de cette distillerie tombe à point nommé. La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao et acteur majeur de l’anacarde, cherche depuis plusieurs années à monter en gamme sur l’ensemble de ses filières agricoles. Le Plan national de développement, comme les feuilles de route sectorielles successives, érigent la transformation locale en priorité stratégique. L’investissement de SUCAF-CI s’inscrit dans cette trajectoire et envoie un signal aux autres opérateurs : la valorisation des co-produits n’est plus un supplément d’âme, c’est un relais de croissance assumé.

L’effet d’entraînement attendu se mesure aussi sur l’emploi qualifié. Une distillerie de cette nature mobilise des compétences en génie chimique, en automatisation et en maintenance industrielle qui dépassent largement le profil traditionnel de l’ouvrier sucrier. À terme, le bassin de Ferkessédougou pourrait ainsi consolider sa vocation de pôle agro-industriel structurant pour le nord du pays, région où l’industrialisation a longtemps été à la traîne par rapport au littoral.

Castel renforce son ancrage ouest-africain

L’opération conforte par ailleurs la position du groupe Castel en Afrique de l’Ouest. Via Somdia, le conglomérat contrôle un portefeuille sucrier déployé du Tchad au Gabon, en passant par le Cameroun, la République centrafricaine et le Congo. La diversification vers l’alcool extra-neutre élargit la chaîne de valeur du groupe et l’expose à des marchés moins cycliques que le sucre, dont les cours mondiaux demeurent volatils. Reste que la pureté revendiquée, supérieure à 96 %, doit encore se traduire dans des débouchés commerciaux clairement identifiés, qu’il s’agisse d’exportations régionales ou de partenariats avec les industries utilisatrices nationales.

La distillerie de Ferké 2 devra également démontrer sa performance environnementale. La transformation de la mélasse génère des effluents, les vinasses, dont le traitement constitue traditionnellement le talon d’Achille des distilleries. Les promoteurs du projet mettent en avant une approche circulaire intégrée, sans en préciser publiquement tous les paramètres techniques. La trajectoire industrielle des prochains trimestres permettra de mesurer la robustesse opérationnelle de l’investissement et son impact réel sur l’écosystème agro-industriel ivoirien. Selon Financial Afrik.

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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