La BAD s’inquiète de l’emprise croissante de l’État camerounais sur les banques

A captivating aerial view of the sprawling cityscape of Yaoundé, Cameroon, under a dramatic sky.Photo : K / Pexels

La montée en puissance de l’État camerounais dans le capital des banques devient un sujet de vigilance pour les bailleurs. Dans son Rapport pays 2026 consacré au Cameroun, la Banque africaine de développement (BAD) érige la trajectoire d’expansion publique dans le secteur bancaire au rang de risque systémique. L’acquisition de General Bank of Cameroon (GBC), ex-Société Générale Cameroun, finalisée le 12 mai 2026, illustre cette dynamique que l’institution juge préoccupante. Yaoundé y voit au contraire un levier de souveraineté financière.

L’avertissement de la BAD doit être lu avec précision. Il ne porte pas sur la solidité intrinsèque de GBC, dont aucun audit spécifique n’est produit dans le document. C’est bien l’accumulation des participations publiques, les risques de gouvernance qui en découlent et l’imbrication croissante entre finances de l’État et bilans bancaires qui alimentent l’inquiétude des économistes de l’institution basée à Abidjan.

Une prise de contrôle assumée par Yaoundé

L’opération a permis à l’État de racheter les 58,08 % du capital de la filiale détenus jusque-là par le groupe Société Générale. Déjà présent au tour de table à hauteur de 25,60 %, le Trésor camerounais porte désormais sa participation à 83,68 %, conformément aux termes de l’accord de cession signé en juillet 2025. La transaction fait de GBC l’une des banques à capitaux majoritairement publics du pays.

Le gouvernement défend une logique de stabilisation et de continuité. À la clôture de l’opération, le ministère des Finances a assuré avoir pris toutes les dispositions nécessaires pour préserver la continuité des services bancaires et la sécurité des dépôts. Le discours officiel insiste sur la dimension souveraine du rachat, présenté comme un moyen d’éviter une rupture brutale après le retrait du groupe français de plusieurs marchés africains.

Le FMI avait ouvert la voie à la mise en garde

Le diagnostic de la BAD prolonge celui posé par le Fonds monétaire international. Dans son rapport de consultation au titre de l’article IV achevé le 9 mars 2026, le FMI relevait que l’élargissement des participations publiques amplifie les risques budgétaires, opérationnels et de gouvernance. L’institution de Bretton Woods recensait alors huit établissements dans lesquels l’État camerounais détenait une participation majoritaire, un chiffre inédit à l’échelle de la sous-région.

Les recommandations du Fonds sont explicites. Elles portent sur l’édiction de règles claires pour l’administration et la supervision des banques publiques, l’élaboration de plans de restructuration ou de résolution pour les établissements fragiles et, autant que possible, un désengagement graduel de l’État. Le conseil d’administration du FMI a lui-même appelé à la prudence face à cette empreinte publique élargie dans l’intermédiation bancaire camerounaise.

La boucle souverain-bancaire, cœur du problème

Au-delà de l’actionnariat de GBC, c’est l’exposition croissante des banques à la dette de l’État qui préoccupe les analystes. Les avoirs des établissements camerounais en titres publics sont passés de 9,5 % de leurs actifs à fin 2015 à 32 % en juin 2025. Plusieurs banques concentraient même plus de la moitié de leurs bilans en créances sur les États de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), selon les données du FMI.

Cette concentration crée un lien mécanique entre la santé des banques et la trajectoire budgétaire des Trésors publics. Elle détourne aussi une part croissante des ressources longues du financement de l’économie réelle. La BAD rappelle en parallèle que le service de la dette publique a absorbé 23,8 % du budget camerounais en 2025, contre 9,8 % en 2013, signal d’une pression budgétaire qui se transmet directement aux bilans bancaires.

Un secteur bancaire globalement solide

Ces alertes ne traduisent pas une dégradation immédiate du système bancaire. À fin novembre 2025, le total de bilan cumulé des dix-huit banques en activité progressait de 9,3 %, à 13 592,9 milliards de FCFA. Les dépôts de la clientèle atteignaient 8 865,4 milliards, en hausse de 8,4 %, tandis que l’encours de crédits gagnait 17 %, à 6 924,2 milliards. Seize établissements sur dix-huit respectaient l’intégralité des normes prudentielles édictées par la Commission bancaire de l’Afrique centrale.

Le taux de créances brutes en souffrance reculait par ailleurs de 14,3 % en 2024 à 12,9 % en 2025. Face au FMI, les autorités camerounaises présentent leurs interventions comme temporaires, avec un horizon de restructuration puis de cession progressive. Reste que dans les documents publics disponibles à fin août 2026, aucun calendrier de désengagement de GBC n’a été rendu public, laissant ouverte la question centrale de la gouvernance et de la trajectoire actionnariale future. Selon Investir au Cameroun.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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