Le marché commun en Afrique de l’Ouest demeure une promesse inachevée. C’est pour identifier les obstacles persistants à sa mise en œuvre que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a convié, à Abidjan, experts régionaux, représentants institutionnels et acteurs des filières nationales. Les discussions, prévues sur deux jours, portent sur la circulation des denrées agricoles entre les grandes plateformes productrices et les centres de consommation urbains. L’enjeu dépasse la seule logistique commerciale : il touche à la souveraineté alimentaire d’un espace de plus de 400 millions d’habitants.
Connecter les bassins de production aux marchés urbains
Les organisateurs ont placé au centre des échanges la question des liaisons entre marchés stratégiques. Kano, dans le nord du Nigeria, et Kumasi, au cœur du Ghana, figurent parmi les principaux pôles agricoles de la sous-région. Leurs productions peinent toutefois à rejoindre, dans des conditions économiques viables, les capitales et métropoles ouest-africaines. Tracasseries routières, hétérogénéité des normes phytosanitaires, infrastructures de transport défaillantes et fiscalité en cascade rongent la compétitivité des denrées sur le trajet.
Cette fragmentation contraste avec les ambitions affichées depuis des décennies par l’organisation régionale. Le schéma de libéralisation des échanges de la Cédéao, conjugué au tarif extérieur commun adopté en 2015, devait théoriquement abolir les barrières internes. Sur le terrain, les opérateurs continuent de signaler des prélèvements informels et des contrôles redondants aux frontières. La conséquence se lit dans les prix payés par les ménages urbains, souvent supérieurs à ceux qui prévaudraient dans un marché réellement unifié.
Des filières agricoles au centre des discussions
Les acteurs des filières céréalières, maraîchères et de l’élevage participent aux travaux aux côtés des institutions. Leur diagnostic recoupe celui des économistes : sans corridors logistiques fiables, la zone restera dépendante d’importations extra-africaines pour nourrir ses villes en pleine expansion démographique. Le riz, le maïs, l’oignon ou la viande bovine illustrent cette tension entre potentiel régional et recours aux marchés mondiaux.
La question revêt une acuité particulière dans le contexte ouvert par le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger, désormais regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel. Cette recomposition politique ajoute une couche d’incertitude aux flux commerciaux historiques, en particulier pour les produits sahéliens écoulés vers les ports du golfe de Guinée. Les négociateurs présents à Abidjan doivent composer avec cette nouvelle géographie tout en préservant l’acquis communautaire.
Une intégration confrontée à ses contradictions
Au-delà de l’agriculture, les travaux interrogent la cohérence d’ensemble du projet d’intégration. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), entrée en vigueur en 2021, ajoute une strate supplémentaire à un édifice déjà complexe. Les régulateurs ouest-africains doivent articuler leurs propres règles avec ce cadre continental, sous peine de voir les opérateurs privés se détourner de mécanismes jugés trop lourds. La Côte d’Ivoire, qui accueille la rencontre, plaide depuis plusieurs années pour une simplification des procédures douanières et une harmonisation effective des normes techniques.
La numérisation des échanges constitue une autre piste évoquée par les participants. Plusieurs États membres expérimentent des systèmes de suivi électronique du fret, censés réduire les arrêts intempestifs et limiter la corruption aux postes de contrôle. Leur déploiement reste inégal et leur interopérabilité régionale demeure à construire. Sans convergence technologique, les gains attendus risquent de rester captifs des frontières nationales.
Reste la question du financement des infrastructures. Routes transfrontalières, marchés de gros, chaînes de froid et entrepôts modernes exigent des investissements que les budgets publics nationaux peinent à mobiliser seuls. Les institutions financières régionales, à l’image de la Banque ouest-africaine de développement, sont attendues sur ce terrain, tout comme les bailleurs internationaux. Les conclusions de la rencontre d’Abidjan, dont la portée demeure consultative, alimenteront les prochaines instances décisionnelles de l’organisation. Selon RFI Afrique.
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