La signature actée le 22 mai 2026 entre l’État guinéen et Chalco Guinea Company, filiale du groupe chinois Aluminum Corporation of China, scelle l’un des chantiers les plus attendus du Programme Simandou 2040. L’accord porte sur la construction d’une raffinerie d’alumine à Boffa, dans la zone bauxitique du nord-ouest du pays. La cérémonie s’est tenue à Conakry sous l’égide de Djiba Diakité, ministre Directeur de Cabinet de la Présidence et président du Comité stratégique de Simandou, en présence du Général Amara Camara, Secrétaire général de la Présidence, ainsi que des conseillers et membres du Comité stratégique.
Une nouvelle étape du Programme Simandou 2040
Conçu comme la matrice industrielle de la décennie, le Programme Simandou 2040 dépasse le seul périmètre du gisement de fer du sud-est guinéen. Il englobe une série de projets connexes destinés à doter le pays d’une chaîne de valeur intégrée dans les mines, l’énergie et les infrastructures. La raffinerie de Boffa s’inscrit précisément dans cette logique de diversification. Elle vise à capter une part plus substantielle de la valeur ajoutée tirée de la bauxite, dont la Guinée demeure le premier exportateur mondial.
Le choix de Boffa n’a rien de fortuit. La préfecture concentre déjà plusieurs concessions minières actives et bénéficie d’un accès maritime décisif pour l’évacuation des productions. En adossant une unité de transformation à cette géographie, les autorités entendent rompre avec un modèle d’exportation brute qui a longtemps privé le pays des marges aval. Concrètement, la transformation de la bauxite en alumine constitue le premier maillon vers une éventuelle production d’aluminium métallique, segment où les marges restent considérablement supérieures.
Chalco, un partenaire industriel de premier plan
Chalco Guinea Company est l’émanation guinéenne d’Aluminum Corporation of China, l’un des géants mondiaux de l’aluminium. Le groupe est présent depuis plusieurs années dans le pays via des activités d’extraction de bauxite. L’engagement dans une raffinerie marque un changement d’échelle. Il traduit la confiance d’un acteur sino-étatique majeur dans la trajectoire industrielle dessinée par Conakry, et conforte la position de la Chine comme premier partenaire commercial et minier de la Guinée.
Pour Pékin, l’opération sécurise une part de l’approvisionnement en alumine, intrant stratégique pour ses fonderies d’aluminium primaire. Pour Conakry, elle offre un débouché captif et un transfert progressif de savoir-faire. Reste que les modalités précises de l’investissement, son calendrier et son volume financier n’ont pas été détaillés à l’issue de la signature. Les autorités guinéennes ont insisté sur la dimension structurante du projet sans en chiffrer publiquement l’enveloppe.
L’enjeu de la transformation locale
La Guinée extrait chaque année plus de cent millions de tonnes de bauxite, mais ne raffine sur son sol qu’une fraction marginale de cette production. Le pays compte actuellement une seule raffinerie d’alumine opérationnelle, à Friguia, dont les capacités demeurent modestes au regard du potentiel national. L’addition d’une unité à Boffa changerait sensiblement le paysage. Elle rapprocherait la Guinée du modèle suivi par d’autres puissances minières qui ont fait de la transformation domestique un levier de souveraineté économique.
Le gouvernement de transition dirigé par le Général Mamadi Doumbouya a fait de cette exigence un pilier de son discours économique. Plusieurs textes adoptés depuis 2022 conditionnent désormais l’attribution ou le renouvellement de permis miniers à des engagements de transformation locale. L’accord avec Chalco apparaît comme l’application la plus concrète, à ce jour, de cette doctrine. Il pourrait également servir de signal aux autres opérateurs présents dans la bauxite guinéenne, parmi lesquels figurent des consortiums russes, émiratis et australiens.
Par ailleurs, la raffinerie de Boffa devrait générer des retombées en matière d’emploi qualifié, d’électrification et de logistique portuaire, à condition que les clauses de contenu local soient effectivement appliquées. La vigilance des observateurs portera sur la capacité de l’administration à faire respecter ces engagements et à articuler le projet avec les chantiers énergétiques nécessaires à son alimentation. Selon Financial Afrik.
Pour aller plus loin
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