Petrosen sollicite 2 000 milliards FCFA pour Yakaar-Téranga

High-angle view of an offshore oil platform with helipad surrounded by deep blue ocean.Photo : GANESH RAMSUMAIR / Pexels

La Société des pétroles du Sénégal (Petrosen) prépare un appel inédit à l’épargne nationale pour boucler le financement du projet gazier Yakaar-Téranga. Le montant recherché, estimé à environ 2 000 milliards de francs CFA, vise à couvrir la part sénégalaise dans le développement de ce champ offshore situé au large de Dakar. La démarche traduit la volonté des autorités de Dakar d’ancrer la valorisation des ressources d’hydrocarbures dans le tissu financier domestique, plutôt que de s’en remettre exclusivement aux capitaux étrangers.

Un financement souverain pour un gisement stratégique

Yakaar-Téranga figure parmi les découvertes gazières les plus prometteuses de la façade atlantique ouest-africaine. Le bloc, longtemps opéré par la major britannique BP avant son retrait, est désormais piloté côté sénégalais par Petrosen, qui cherche un nouveau partenaire technique pour relancer la phase de développement. Dans l’intervalle, la compagnie publique entend sécuriser les ressources financières nécessaires à sa quote-part, jugée déterminante pour conserver le contrôle de la chaîne de valeur.

L’enjeu dépasse la seule question budgétaire. En faisant appel à l’épargne intérieure, Petrosen cherche à transformer les futurs revenus gaziers en levier d’inclusion économique. Le mécanisme envisagé permettrait aux particuliers, aux institutions financières locales et aux investisseurs institutionnels sénégalais de prendre part au capital ou à la dette du projet. Une approche qui rappelle les emprunts obligataires lancés ces dernières années sur le marché financier régional de l’UEMOA, mais à une échelle inédite pour le pays.

L’épargne nationale, pivot d’une nouvelle doctrine pétrolière

Le recours à l’épargne domestique s’inscrit dans la doctrine défendue par les nouvelles autorités sénégalaises depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye. Le contenu local, la souveraineté énergétique et la rétention de la valeur ajoutée constituent les axes affichés de la politique pétrolière et gazière. La direction de Petrosen, renouvelée en 2024, multiplie les arbitrages destinés à renégocier la répartition des bénéfices entre l’État, les compagnies internationales et les acteurs locaux.

Concrètement, lever 2 000 milliards de francs CFA sur le marché intérieur représente un défi considérable. À titre de comparaison, ce montant équivaut à plusieurs fois le volume annuel des émissions souveraines du Trésor sénégalais sur le marché régional. Il faudra donc structurer une offre attractive, probablement échelonnée dans le temps et adossée à des garanties solides, pour absorber une telle enveloppe sans assécher les autres compartiments du financement de l’économie. Les banques locales, les compagnies d’assurance et la diaspora figurent parmi les cibles naturelles d’une telle opération.

Calendrier serré et signal envoyé aux investisseurs

Le calendrier reste l’une des principales inconnues. Yakaar-Téranga avait initialement été conçu pour alimenter à la fois le marché intérieur, notamment la production électrique via le gas-to-power, et l’exportation sous forme de gaz naturel liquéfié. Le départ de BP et la phase de réorganisation ont décalé l’horizon de mise en production, alors que la fenêtre de monétisation du gaz se rétrécit à l’échelle mondiale, sous la pression de la transition énergétique et de la concurrence accrue des producteurs du Golfe et d’Amérique du Nord.

Pour Dakar, l’opération revêt aussi une dimension politique. Le précédent du champ Grand Tortue Ahmeyim, opéré avec la Mauritanie et entré en production en 2024 avec un retard significatif, a nourri les débats sur la transparence des contrats et la maîtrise des coûts. En adossant Yakaar-Téranga à l’épargne nationale, Petrosen entend conforter l’adhésion populaire au projet et limiter les critiques sur l’accaparement de la rente par les acteurs étrangers. Le succès de la levée de fonds dépendra toutefois de la capacité à présenter un modèle financier crédible, des perspectives de rendement claires et une gouvernance jugée robuste par le marché.

Reste à voir si le marché financier sénégalais, encore peu profond, pourra absorber un tel volume sans soutien complémentaire des partenaires régionaux ou multilatéraux. Selon PressAfrik, les contours précis de l’opération doivent être détaillés dans les prochaines semaines.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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