Cameroun : Eneo devient Socadel, société publique à capital d’État

A striking sunset with electric power lines silhouetted against an orange sky in a vast open field.Photo : Thomas Chauke. / Pexels

L’opérateur historique de l’électricité au Cameroun change d’identité et de statut. Par décret signé le 4 mai, l’ex-Eneo devient la Société camerounaise d’électricité (Socadel), société à capital public dont l’État camerounais est désormais l’actionnaire unique. Le texte fixe son siège à Douala, lui reconnaît la personnalité juridique et l’autonomie financière, et autorise un éventuel transfert du siège sur décision du conseil d’administration validée en assemblée générale.

Les statuts approuvés le même jour arrêtent le capital social à 43 903 690 000 FCFA, soit environ 43,9 milliards. Ils acquièrent leur pleine portée à la lumière d’une étape antérieure : le 17 février 2026, l’État du Cameroun a racheté la totalité des actions détenues par Cameroon Power Holdings S.A. dans le capital d’Eneo. La Socadel pourra à terme s’ouvrir à d’autres actionnaires, publics ou privés, mais elle démarre son existence sous contrôle étatique intégral.

De SONEL à Socadel : l’aboutissement d’une renationalisation

La bascule juridique survient un peu plus de deux mois après le règlement, le 10 février 2026, des 78 milliards de FCFA dus au fonds britannique Actis pour le rachat de ses 51 % de parts. Cette opération avait porté la part publique à 95 % du capital d’Eneo, les 5 % résiduels étant alors réservés aux salariés. Le décret du 4 mai parachève le mouvement en effaçant la structure mixte au profit d’une société à capital public.

La trajectoire racontée par les statuts résume près d’un quart de siècle d’histoire industrielle. La SONEL, opérateur national historique, avait été ouverte à la privatisation au tournant des années 2000, avec l’entrée d’AES Cameroon Holdings en 2001. Le changement de marque vers Eneo intervient en 2014, sous pavillon Actis. La reprise par l’État en 2026, puis la naissance de la Socadel, referment ce cycle d’actionnariat privé.

La portée de cette mutation dépasse le simple changement d’enseigne. Yaoundé ne se contente plus d’être actionnaire majoritaire : l’État assume seul la responsabilité capitalistique et stratégique de l’opérateur. Pour autant, le décret ne rétablit pas un monopole public sur l’ensemble du secteur électrique. L’architecture sectorielle continue d’impliquer la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel) et Electricity Development Corporation (EDC), toutes deux représentées au futur conseil d’administration de la Socadel.

Une gouvernance recomposée autour du sommet de l’État

La reconfiguration de la gouvernance a déjà été lancée. Un second décret, daté du même 4 mai, nomme pour trois ans renouvelables une fois les membres du conseil d’administration. On y retrouve Antoine Ntsimi, désigné au titre de personnalité choisie par le chef de l’État, ainsi que Fidèle Makonda pour la Présidence de la République et Célestin Chameni Nemboua pour les Services du Premier ministre. Adolphe Thome représente le ministère de l’Eau et de l’Énergie, Gilbert Didier Edoa celui des Finances, et Ahmat Tom le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire. Les directeurs généraux de Sonatrel, Victor Mbeumi Nyaknga, et d’EDC, Théodore Nsangou, complètent ce dispositif. Le représentant du personnel sera désigné ultérieurement.

Sur le plan opérationnel, la nouvelle société s’appuiera prioritairement sur les effectifs de l’ex-Eneo. La convention de concession dont bénéficiait l’opérateur historique est transférée à la Socadel, sous réserve de la prise en compte d’éléments nouveaux ou spécifiques. Le décret prévoit en outre que la société n’est pas assujettie au Code des marchés publics, tout en demeurant soumise aux dispositions communes applicables aux entreprises publiques.

Le défi opérationnel succède au défi capitalistique

Reste la question, centrale, de l’exécution. La transformation d’Eneo en Socadel règle le contrôle capitalistique, mais pas la performance opérationnelle ni le financement des investissements à venir. Avant le rachat, l’opérateur évoluait déjà dans un environnement fragilisé par un endettement massif et par des tensions structurelles tout au long de la chaîne électrique camerounaise, depuis la production jusqu’à la distribution.

Le management constitue un autre point sensible. Les statuts prévoient que le directeur général et son adjoint sont nommés par le conseil d’administration, sur proposition de l’actionnaire majoritaire ou unique. Concrètement, l’État dispose de la main pour redéfinir l’équipe dirigeante au moment précis où il assume seul le pilotage stratégique de la nouvelle entité. Selon Investir au Cameroun, cette séquence ouvre une phase nouvelle pour un secteur électrique resté l’un des goulets d’étranglement les plus visibles de l’économie camerounaise.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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