La Tanzanie inaugure le barrage Julius Nyerere de 2 115 MW

A stunning aerial view of the hydro power plant at Niagara Falls, showcasing engineering marvels and rushing water.Photo : Eva Bronzini / Pexels

La Tanzanie a franchi un cap énergétique majeur avec la mise en service, samedi 22 août 2026, du barrage hydroélectrique Julius Nyerere (JNHPP), plus grand ouvrage du genre en Afrique de l’Est. Édifié sur le cours du fleuve Rufiji, à environ 250 kilomètres au sud-ouest de Dar es-Salaam, dans la région de Pwani, l’infrastructure affiche une capacité installée de 2 115 mégawatts. Son inauguration officialise l’entrée du pays dans le club restreint des producteurs africains capables d’aligner des unités hydroélectriques de plus de deux gigawatts.

Un investissement de 2,9 milliards de dollars pour la souveraineté énergétique tanzanienne

Le coût total du chantier s’établit à 2,9 milliards de dollars, une enveloppe portée par la compagnie publique Tanzania Electric Supply Company (TANESCO), opérateur historique du secteur électrique national. Le maître d’ouvrage a fait le pari d’un financement essentiellement domestique, adossé aux recettes budgétaires et aux ressources propres de l’entreprise, plutôt qu’aux prêts concessionnels des bailleurs multilatéraux. Ce choix reflète la volonté de Dodoma de conserver un contrôle direct sur un actif stratégique. Le barrage Julius Nyerere doit à terme couvrir une part substantielle des besoins nationaux en électricité, dans un pays où le taux d’accès reste inférieur à la moyenne des économies émergentes d’Afrique subsaharienne.

La construction, lancée après l’attribution du contrat en décembre 2018, a été confiée à un consortium égyptien réunissant Arab Contractors et Elsewedy Electric. Ce tandem, familier des grands chantiers hydrauliques du bassin du Nil, a livré l’ouvrage malgré les perturbations imposées par la pandémie de Covid-19 et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement des équipements électromécaniques. Le partenariat consolide au passage l’ancrage industriel du Caire sur la façade est-africaine, au moment où l’Éthiopie voisine finalise également son propre méga-barrage sur le Nil bleu.

Le Rufiji, nouvel axe de la stratégie hydroélectrique de la Tanzanie

Le choix du Rufiji ne relève pas du hasard. Long de plus de 600 kilomètres, ce fleuve draine l’un des plus vastes bassins versants d’Afrique orientale et traverse la réserve de Selous, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le projet, débattu depuis les années 1970, a longtemps buté sur ses implications écologiques, la zone d’implantation empiétant sur un écosystème protégé. Les autorités tanzaniennes ont finalement tranché en faveur de l’impératif énergétique, arguant que le déficit électrique freinait l’industrialisation et l’attractivité du pays pour les investisseurs miniers et manufacturiers.

Avec 2 115 mégawatts installés, le JNHPP double quasiment la capacité de production nationale préalable, estimée autour de 1 900 mégawatts avant sa mise en service. La mise en tension des neuf turbines doit permettre de résorber les délestages récurrents qui pénalisent Dar es-Salaam et les corridors industriels du nord du pays. Elle ouvre aussi des perspectives d’exportation vers les voisins du Pool énergétique de l’Afrique de l’Est (EAPP), en particulier le Kenya, l’Ouganda et le Rwanda, tous engagés dans des politiques d’interconnexion régionale.

Un ouvrage structurant pour l’Afrique de l’Est

Sur le plan macroéconomique, le barrage Julius Nyerere doit servir de socle à la Vision 2050 tanzanienne, qui ambitionne de hisser le pays au rang d’économie à revenu intermédiaire supérieur. La disponibilité d’une électricité abondante et compétitive constitue un prérequis pour attirer les industries lourdes, notamment dans le traitement du nickel, du graphite et des terres rares, ressources dont le sous-sol tanzanien recèle des réserves significatives. Le gouvernement mise également sur ce nouveau socle énergétique pour accompagner le développement du corridor central, qui relie le port de Dar es-Salaam aux économies enclavées de la région des Grands Lacs.

Reste la question de la gestion hydraulique de long terme. Les variations pluviométriques induites par le changement climatique pèseront sur la régularité du remplissage du réservoir, et donc sur le facteur de charge de la centrale. Les autorités devront par ailleurs démontrer leur capacité à assurer la maintenance des équipements et à sécuriser l’écoulement en aval, où subsistent des enjeux agricoles et halieutiques pour les communautés du delta. Selon Financial Afrik, l’inauguration officielle marque néanmoins le passage à la phase d’exploitation commerciale pleine du plus grand ouvrage hydroélectrique jamais réalisé sur le sol tanzanien.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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