Le basculement est désormais acté. Au premier semestre 2026, MTN Cameroon a tiré plus de la moitié de ses revenus de services de la seule activité data, contre 45,3 % un an plus tôt. Les résultats semestriels publiés le 24 août par la maison mère sud-africaine chiffrent cette contribution à 3,45 milliards de rands, soit environ 120,3 milliards de FCFA au taux de change moyen retenu par le groupe. Ce seuil des 50 % marque une inflexion structurelle pour la filiale camerounaise, dont la trajectoire épouse celle des grands opérateurs continentaux migrant progressivement de la voix vers les usages numériques.
Une croissance data deux fois plus rapide que l’ensemble des services
La progression est soutenue. À change constant, les revenus data avancent de 25,5 %, soit un rythme plus de deux fois supérieur à celui des revenus de services globaux, en hausse de 11,8 %. Cette dynamique s’appuie sur un parc d’abonnés porté à 13,4 millions au 30 juin 2026, en croissance de 5,8 % sur un an. MTN met en avant ses efforts pour densifier son réseau et stimuler la consommation de données, sans détailler la part respective de l’élargissement de la base clients, de l’intensification des usages et des effets prix.
Le document semestriel ne précise ni le nombre d’utilisateurs actifs de la data au Cameroun, ni la consommation moyenne par abonné. Cette opacité limite la lecture fine des leviers de croissance, mais n’occulte pas la tendance de fond. Concrètement, la data et la fintech concentrent désormais 68,3 % des revenus de services de l’opérateur, un ratio qui rapproche la filiale camerounaise des standards des marchés télécoms les plus matures du continent.
La fintech marque le pas face à la pression concurrentielle
Le contraste est net avec l’activité Mobile Money et services d’avance de crédit. Les revenus fintech au Cameroun s’établissent à 1,19 milliard de rands, environ 41,4 milliards de FCFA, en hausse de seulement 4,3 % à change constant. Une fois convertis dans la monnaie de présentation du groupe, ils reculent même de 0,3 %. La part de la fintech dans le mix de revenus se replie ainsi à 17,5 %, contre 18,8 % un an plus tôt.
Ralph Mupita, président-directeur général de MTN Group, évoque une croissance plus modérée des retraits et des transferts entre particuliers au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Ghana et en Ouganda. Le groupe pointe l’intensification de la concurrence et les pressions réglementaires sur les prix, sans quantifier leur incidence précise sur la filiale camerounaise. Cette décélération intervient alors même que Mobile Money reste un pilier stratégique du groupe pour capter la valeur des flux financiers informels en Afrique subsaharienne.
Un effort d’investissement disproportionné pour le marché camerounais
La transformation du modèle a un coût. MTN Cameroon a engagé 1,85 milliard de rands d’investissements hors contrats de location au premier semestre, soit environ 64,4 milliards de FCFA, en progression de 26,9 % à change constant. En intégrant les contrats de location au sens de la norme IFRS 16, l’enveloppe grimpe à près de 66,5 milliards de FCFA. Rapportée au chiffre d’affaires, cette intensité capitalistique ressort autour de 27 %, très au-dessus des 16,6 % consolidés à l’échelle du groupe.
Le Cameroun a ainsi absorbé 9,3 % des investissements consolidés de MTN, alors qu’il ne pèse que 5,9 % des revenus de services. Cette surpondération traduit un pari industriel clair sur le potentiel du marché camerounais, sans que la ventilation locale entre extension de couverture, fibre optique, capacités data ou systèmes informatiques ne soit précisée. Reste que la rentabilité tient le choc : l’Ebitda semestriel atteint 2,99 milliards de rands, soit environ 104,4 milliards de FCFA, en hausse de 12,5 % à change constant, pour une marge de 43,7 % quasi stable par rapport à l’exercice 2025.
La trésorerie nette positive de la filiale s’établit à 1,46 milliard de rands, environ 51,3 milliards de FCFA, en repli par rapport aux 2,29 milliards de rands de fin décembre 2025. Le groupe n’établit pas de lien explicite entre cette contraction et l’accélération des investissements, mais la corrélation temporelle est difficilement contestable. À l’échelle consolidée, MTN Group affiche des revenus de services en hausse de 17,5 % à change constant, une marge d’Ebitda record de 47,6 % et lance un programme de rachat d’actions pouvant atteindre 6 milliards de rands. Selon Investir au Cameroun.
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