Cameroun : le MRC saisit l’Union africaine, Momo contre-attaque

A stunning aerial shot of the Reunification Monument surrounded by greenery in Yaoundé, Cameroon.Photo : Kelly / Pexels

La bataille post-électorale camerounaise s’exporte sur le terrain continental. Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), formation d’opposition dirigée par Maurice Kamto, a saisi l’Union africaine (UA) afin d’alerter l’organisation panafricaine sur la situation politique du pays. La démarche, à forte portée diplomatique, vise à internationaliser un contentieux que Yaoundé entend cantonner au cadre strictement national. En réponse, le ministre délégué à la Justice, Jean de Dieu Momo, est monté au créneau pour dénoncer ce qu’il qualifie de manipulation de l’opinion publique.

L’initiative du MRC s’inscrit dans une séquence de tensions qui suit la proclamation des résultats de la dernière présidentielle. En portant le dossier devant l’UA, le parti d’opposition cherche à obtenir une forme de reconnaissance internationale de ses griefs et à exercer une pression politique sur les autorités camerounaises. La saisine d’une institution continentale constitue un levier classique des oppositions africaines lorsque les voies de recours internes apparaissent saturées ou jugées inopérantes.

Une saisine continentale aux contours politiques

Le choix de l’Union africaine comme instance d’arbitrage politique n’est pas anodin. L’organisation, basée à Addis-Abeba, dispose d’un Conseil de paix et de sécurité ainsi que d’instruments de suivi des processus électoraux. Toutefois, la doctrine de non-ingérence dans les affaires intérieures continue d’encadrer fortement les marges de manœuvre de l’institution face aux contentieux internes des États membres. Les précédents récents, du Gabon au Tchad, ont montré la prudence de l’UA lorsqu’il s’agit de se prononcer sur la validité d’un scrutin présidentiel souverain.

Pour le MRC, l’enjeu dépasse la seule question juridique. La saisine vise à maintenir le sujet camerounais dans l’agenda diplomatique régional, à un moment où plusieurs capitales africaines observent attentivement les transitions politiques en cours sur le continent. Elle s’adresse aussi, en filigrane, aux partenaires occidentaux et aux chancelleries qui surveillent la stabilité d’un pays clé du golfe de Guinée, producteur de pétrole et carrefour économique de la Cemac.

La riposte de Jean de Dieu Momo

Du côté du gouvernement, la réplique a été immédiate. Jean de Dieu Momo, ministre délégué auprès du garde des Sceaux, a vivement contesté la lecture proposée par l’opposition. Selon le membre du gouvernement, la démarche du MRC relèverait d’une stratégie de manipulation de l’opinion, destinée à fragiliser l’image des institutions camerounaises sur la scène internationale. Le ministre défend la régularité du processus électoral et la légitimité des organes ayant validé les résultats, à commencer par le Conseil constitutionnel.

Cette position traduit la doctrine défendue depuis plusieurs mois par les autorités de Yaoundé : tout différend électoral doit se régler dans le cadre constitutionnel national, sans interférence extérieure. La sortie publique de Jean de Dieu Momo s’inscrit dans une communication offensive, visant à neutraliser l’effet de tribune que pourrait offrir la saisine de l’UA. Elle illustre également la polarisation persistante du débat politique camerounais, où chaque camp mobilise ses propres registres de légitimité.

Un climat politique sous tension

Au-delà de l’affrontement institutionnel, la séquence en cours révèle l’ampleur des fractures politiques qui traversent le Cameroun. Le MRC, qui n’a jamais reconnu les résultats officiels des dernières consultations majeures, mise sur une stratégie de long terme combinant mobilisation interne et plaidoyer international. Le pouvoir, de son côté, s’appuie sur sa capacité à occuper le terrain médiatique et à structurer un récit centré sur la stabilité et la continuité de l’État.

Reste que la judiciarisation et l’internationalisation du contentieux pourraient compliquer la donne pour Yaoundé. Plusieurs organisations de défense des droits humains scrutent l’évolution de la situation, tandis que les partenaires économiques du Cameroun, notamment français et chinois, suivent avec attention l’évolution du climat des affaires. Pour les investisseurs, la lisibilité politique demeure un facteur clé d’arbitrage dans une Afrique centrale en pleine recomposition.

La réponse de l’Union africaine, dont le calendrier reste incertain, constituera un test de la capacité de l’organisation à peser sur les transitions politiques de ses États membres. Selon Journal du Cameroun, le bras de fer entre le MRC et le gouvernement camerounais s’annonce durable.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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