Les Houthis prennent le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb

Aerial shot of a red cargo ship docked at an industrial port with clear blue water.Photo : abdo alshreef / Pexels

La prise de contrôle du détroit de Bab el-Mandeb par les Houthis marque un tournant majeur pour la sécurité maritime en mer Rouge. Vendredi, les combattants du mouvement zaydite, soutenu par Téhéran, ont sécurisé la façade littorale yéménite et les îlots qui verrouillent l’entrée méridionale du corridor reliant l’océan Indien à la Méditerranée via le canal de Suez. L’opération, décrite comme éclair, consolide une emprise territoriale que le mouvement bâtit patiemment depuis sa prise de Sanaa en 2014.

Un verrou maritime entre deux continents

Large d’à peine une trentaine de kilomètres à son point le plus étroit, Bab el-Mandeb constitue l’un des sept goulets d’étranglement stratégiques du commerce mondial. Environ 12 % des échanges internationaux y transitent, dont une part considérable des hydrocarbures acheminés depuis le Golfe vers l’Europe. Toute perturbation dans ce couloir se répercute immédiatement sur les taux de fret, les primes d’assurance et les délais d’acheminement des conteneurs à destination des ports méditerranéens.

La configuration géographique confère aux Houthis un levier redoutable. En contrôlant simultanément la côte yéménite et les îles qui parsèment le détroit, le mouvement dispose désormais de bases avancées pour surveiller, harceler ou interdire le trafic. Les précédents épisodes d’attaques contre des navires marchands, menés à coups de drones et de missiles antinavires depuis fin 2023, avaient déjà contraint plusieurs armateurs à contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance, allongeant les rotations de dix à quatorze jours.

Une bascule stratégique pour l’axe pro-iranien

Sur le plan régional, cette avancée territoriale conforte la posture de l’Iran, qui trouve dans les Houthis un relais capable de peser directement sur les routes énergétiques mondiales. Le contrôle du littoral offre à Sanaa des capacités logistiques accrues pour recevoir armements et composants, dans un contexte de guerre asymétrique où la maîtrise du renseignement maritime devient décisive. Les monarchies du Golfe, à commencer par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, voient se refermer un dossier yéménite qu’elles espéraient stabiliser par la voie diplomatique.

La coalition menée par Riyad, engagée militairement au Yémen depuis 2015, avait progressivement réduit son empreinte au profit d’une médiation sous parrainage omanais. La consolidation houthie sur le détroit change la donne. Elle renforce également le poids de négociation du mouvement dans les discussions inter-yéménites, alors que le gouvernement reconnu par la communauté internationale, replié à Aden, peine à maintenir sa cohésion politique et sécuritaire.

Onde de choc sur le commerce mondial

Pour les chargeurs européens et asiatiques, la nouvelle carte du pouvoir en mer Rouge impose de reconsidérer durablement leurs schémas logistiques. Les grands armateurs, de Maersk à CMA CGM, avaient déjà ajusté leurs routes après les attaques de 2024. Une emprise territoriale confirmée sur Bab el-Mandeb rend un retour rapide à la normale improbable. Les ports méditerranéens, notamment ceux du Maghreb et du Levant, pourraient perdre en attractivité au profit d’escales alternatives sur la façade atlantique africaine.

Les capitales africaines riveraines de la mer Rouge, de Djibouti à l’Érythrée en passant par le Soudan, se retrouvent en première ligne. Djibouti, hôte de bases militaires française, américaine, chinoise et japonaise, incarne à lui seul la densité des intérêts stratégiques concentrés dans cette zone. Le port de Djibouti, poumon logistique de l’Éthiopie, dépend étroitement de la fluidité du trafic dans le détroit. Toute militarisation prolongée du littoral yéménite fragilise ce modèle et ravive la question d’un partage sécuritaire du couloir.

Reste à mesurer la réaction des puissances extérieures. Washington, Londres et plusieurs capitales européennes avaient déjà mené des frappes ciblées contre des positions houthies en 2024. La prise formelle du détroit pourrait rebattre les cartes d’une réponse coordonnée, alors que la Chine, premier utilisateur du corridor pour ses exportations vers l’Europe, observe la séquence avec une attention particulière. Selon France 24 Moyen-Orient, l’offensive a été menée en quelques heures, prenant de court les acteurs régionaux.

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About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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