Le quotidien libanais Al Akhbar, proche de l’axe de la résistance, publie une lecture stratégique du bras de fer israélo-iranien dans laquelle Téhéran apparaîtrait comme le gagnant sur la durée, malgré les revers tactiques essuyés. L’analyse, qui circule largement dans les cercles diplomatiques du Levant, postule qu’Israël aurait perdu la première manche d’une confrontation appelée à se prolonger sur plusieurs années, et que la République islamique d’Iran en tirerait des dividendes politiques, militaires et régionaux substantiels.
Une grille de lecture qui inverse le récit du vainqueur
Le titre choisi par Al Akhbar, qui désigne Israël comme « premier perdant », rompt avec la communication officielle de Tel-Aviv et de ses alliés occidentaux, lesquels présentent les frappes menées contre les installations iraniennes comme une démonstration de supériorité technologique et de renseignement. La publication beyrouthine renverse cette perspective en soutenant que le calcul stratégique iranien repose sur la durée, l’attrition et la reconfiguration des équilibres régionaux, là où la doctrine israélienne suppose des victoires rapides et lisibles.
Cette grille de lecture s’inscrit dans une bataille narrative plus large qui oppose, depuis octobre 2023, les médias affiliés à l’axe Téhéran-Damas-Beyrouth aux organes proches des capitales du Golfe et des chancelleries occidentales. Pour les analystes du journal, la perception de victoire ou de défaite ne se joue pas sur le champ de bataille immédiat, mais dans la capacité à imposer un nouvel agenda diplomatique au Moyen-Orient.
Les gains que Téhéran tirerait de la séquence
Selon la lecture proposée, la République islamique enregistrerait plusieurs gains tangibles. Sur le plan militaire, l’épisode aurait permis de tester en conditions réelles ses capacités balistiques et ses drones, tout en obligeant Israël à dévoiler une partie de son dispositif défensif, notamment les seuils de saturation du système Arrow et de la batterie américaine THAAD déployée en renfort. La doctrine iranienne de la dissuasion asymétrique en sortirait, selon le journal, validée.
Sur le plan diplomatique, Téhéran consoliderait son statut d’acteur incontournable dans toute négociation régionale, du dossier nucléaire à la question palestinienne en passant par le Liban et le Yémen. La capacité de l’Iran à frapper directement le territoire israélien, sans déclencher la riposte massive américaine que Washington avait pourtant agitée, redéfinirait selon Al Akhbar les lignes rouges en vigueur depuis quatre décennies.
Le journal souligne par ailleurs un bénéfice intérieur. La séquence aurait permis au pouvoir iranien de resserrer le front interne après les contestations sociales des dernières années, en mobilisant le registre nationaliste et en réactivant le récit de la résistance face à l’agression extérieure. Concrètement, cette dynamique servirait les institutions du système, des Gardiens de la révolution au Guide suprême.
Les fragilités structurelles du camp israélien
L’analyse pointe plusieurs vulnérabilités du côté israélien. Le coût économique des opérations militaires prolongées, l’épuisement des stocks de munitions de défense aérienne, la dépendance accrue vis-à-vis du soutien américain et la fracture politique interne entre la coalition de Benyamin Netanyahou et l’opposition formeraient un faisceau de signaux préoccupants pour Tel-Aviv. La pression migratoire inverse, avec des départs de cadres et de réservistes vers l’Europe et l’Amérique du Nord, viendrait s’ajouter à ce tableau.
Reste que cette grille analytique demeure contestée. Les capitales occidentales et plusieurs États du Golfe estiment au contraire que les frappes israéliennes ont durablement dégradé les capacités iraniennes, en particulier dans les volets nucléaire et balistique, et que la dissuasion de Tel-Aviv en sort renforcée. Le débat sur le vainqueur réel de cette séquence restera probablement ouvert plusieurs années, jusqu’à ce que les arbitrages diplomatiques régionaux livrent leur verdict.
Pour les décideurs africains et moyen-orientaux qui suivent ce dossier, l’enjeu dépasse la seule confrontation bilatérale. Il engage l’architecture sécuritaire de la mer Rouge, la stabilité des routes énergétiques du Golfe et la position des puissances émergentes dans un ordre international en recomposition. Selon Al Akhbar, le temps long jouerait en faveur de Téhéran.
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