Liban : accord technique avec le FMI, le gouvernement Salam sous tutelle

Elegant office building under a clear blue sky in Washington, D.C.Photo : Quang Vuong / Pexels

Le Liban vient de franchir une étape décisive dans sa relation avec le Fonds monétaire international (FMI). Le gouvernement de Nawaf Salam a conclu un accord au niveau des équipes techniques, dit staff-level agreement, à l’issue de plusieurs semaines de négociations menées avec la mission conduite par Ernesto Rigo Gourguéiev. Cette entente préfigure un programme de financement pluriannuel, sous réserve de validation par le conseil d’administration de l’institution de Bretton Woods à Washington. Elle intervient alors que le pays du Cèdre reste enlisé dans la crise économique et monétaire la plus grave de son histoire contemporaine, déclenchée à l’automne 2019.

Un staff-level agreement qui verrouille l’agenda gouvernemental

La rencontre entre Nawaf Salam et la représentante du FMI a confirmé le basculement du cabinet dans l’orbite directe de l’institution. Selon la lecture faite à Beyrouth, l’ensemble des priorités économiques et budgétaires du gouvernement seront désormais calibrées en fonction des exigences du bailleur multilatéral. Le paquet de réformes attendu couvre la restructuration du secteur bancaire, l’unification des taux de change, la refonte du secret bancaire, l’audit des pertes financières accumulées par la Banque du Liban ainsi qu’un plan de répartition de ces pertes entre l’État, la banque centrale, les banques commerciales et les déposants.

Ce dernier point demeure le plus explosif politiquement. Les déposants libanais, dont les avoirs en devises sont gelés ou convertis à des taux défavorables depuis 2019, redoutent une reconnaissance officielle de la volatilisation d’une partie de leur épargne. Les estimations circulant à Beyrouth évoquent un trou financier consolidé de plus de 70 milliards de dollars, dont la répartition constitue le nœud gordien de toute sortie de crise.

Salam, exécutant d’une feuille de route négociée à Washington

La séquence illustre le rétrécissement de la marge de manœuvre du pouvoir exécutif libanais. Nommé au terme d’un long blocage institutionnel, Nawaf Salam a fait de la normalisation avec les créanciers internationaux et du retour des flux d’aide un axe central de son mandat. La signature d’un accord technique avec le FMI conditionne en effet le déblocage de plusieurs enveloppes bilatérales et multilatérales, notamment celles de la Banque mondiale, de l’Union européenne et de certains bailleurs du Golfe, tous alignés sur le prérequis d’un programme du Fonds.

Reste que la mise en œuvre s’annonce périlleuse. Le gouvernement doit faire adopter par le Parlement un train de textes législatifs sensibles, dans un environnement où les intérêts du secteur bancaire, des élites politiques et des acteurs communautaires convergent rarement. Les précédents rendez-vous manqués avec le FMI, notamment l’accord technique d’avril 2022 resté lettre morte, pèsent sur la crédibilité de l’exercice. Cette fois, la pression conjuguée des chancelleries occidentales et de Riyad semble laisser peu d’échappatoire au cabinet Salam.

Un tournant pour la souveraineté économique libanaise

Au-delà du calendrier technique, l’accord marque un basculement doctrinal. Le Liban, longtemps attaché à un modèle bancaire dérégulé et à une convertibilité illimitée de sa monnaie, s’apprête à démanteler les fondations mêmes de son ancienne architecture financière. La suppression progressive des multiples taux de change appliqués par la Banque du Liban et la recapitalisation ordonnée du système bancaire figurent en tête des exigences transmises par la mission du Fonds.

Le volet fiscal n’est pas en reste. Le FMI presse Beyrouth d’élargir l’assiette de la TVA, de rationaliser les subventions résiduelles à l’électricité et aux carburants, et de réformer en profondeur l’administration douanière et les régies financières. Autant de chantiers qui heurtent frontalement des rentes clientélistes installées depuis la reconstruction d’après-guerre. La capacité du gouvernement Salam à tenir cette ligne sans provoquer de fracture parlementaire déterminera la crédibilité du programme.

Pour les partenaires régionaux du Liban, en particulier les États du Golfe qui ont conditionné toute réactivation de leurs investissements à la conclusion d’un accord avec le FMI, la séquence ouvre une fenêtre étroite. Elle laisse néanmoins entière la question du calendrier politique interne, à commencer par les échéances électorales et les arbitrages sur le futur gouverneur définitif de la banque centrale. Selon Al Akhbar, le cabinet Salam a désormais placé son destin économique entre les mains du Fonds monétaire international.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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