Le Liban se retrouve à nouveau au bord d’une confrontation militaire d’ampleur avec Israël. Depuis plusieurs semaines, l’intensité et la portée géographique des frappes israéliennes sur le territoire libanais dépassent le cadre restreint prévu par le mécanisme de cessez-le-feu conclu en novembre 2024. Les opérations, longtemps concentrées sur la bande frontalière sud, remontent désormais vers la Bekaa, le Sud du Mont-Liban et la périphérie de Beyrouth, signe d’une réactivation progressive de la doctrine de guerre ouverte.
Les indicateurs convergents inquiètent Beyrouth. Les communiqués de l’armée israélienne assument un ciblage systématique de cadres du Hezbollah, y compris de rang intermédiaire, et de sites présentés comme des dépôts logistiques. Dans le même temps, la diplomatie américaine, qui parrainait jusqu’ici la stabilisation, adopte un ton nettement plus comminatoire à l’égard du parti chiite et de l’État libanais, sommés d’accélérer un désarmement au sud du Litani jugé insuffisant par Tel-Aviv.
Un cessez-le-feu vidé de sa substance
Sur le papier, l’accord de fin 2024 imposait un retrait des combattants du Hezbollah au nord du fleuve Litani, un redéploiement de l’armée libanaise dans la zone frontalière et une supervision renforcée de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Un an plus tard, la mise en œuvre reste partielle. L’armée libanaise a bien pris position dans plusieurs localités évacuées, mais Israël conteste la réalité du désarmement et maintient une présence militaire sur cinq points du sol libanais qu’il juge stratégiques.
Cette occupation résiduelle, couplée à des frappes quasi quotidiennes, nourrit à Beyrouth le sentiment que le cessez-le-feu ne fonctionne plus que dans un seul sens. Le Hezbollah, laminé par la guerre de 2023-2024 et la disparition de sa chaîne de commandement historique, s’abstient pour l’instant de riposter. Reste que sa base sociale, très éprouvée dans le Sud et la banlieue sud de Beyrouth, tolère de plus en plus mal cette asymétrie.
La pression américaine et l’équation intérieure libanaise
L’émissaire américain chargé du dossier libanais multiplie les allers-retours entre Beyrouth, Jérusalem et Riyad. Le message adressé aux autorités libanaises est explicite : sans un calendrier crédible de démantèlement de l’arsenal du Hezbollah au sud du Litani, puis à l’échelle nationale, Washington ne pourra plus contenir l’appétit militaire israélien. Cette conditionnalité place le président libanais et le chef du gouvernement dans une posture délicate.
Le pouvoir exécutif, issu d’un compromis politique fragile scellé début 2025, doit concilier des injonctions contradictoires. Les partenaires du Golfe et les bailleurs occidentaux subordonnent leur aide à la reconstruction, estimée à plusieurs dizaines de milliards de dollars, à des avancées tangibles sur la question des armes. Le Hezbollah, de son côté, refuse tout désarmement tant qu’Israël maintient ses positions et poursuit ses frappes. Cette équation, insoluble à court terme, alimente la thèse d’un embrasement contrôlé destiné à forcer la main libanaise.
Un scénario régional aux répercussions lourdes
Une reprise de la guerre ne se limiterait pas au théâtre libanais. Elle interviendrait dans une configuration régionale profondément modifiée par la chute du régime syrien, l’affaiblissement de l’axe pro-iranien et la recomposition en cours entre Tel-Aviv, Ankara et les capitales du Golfe. Téhéran, en retrait tactique depuis les échanges de frappes avec Israël au printemps, dispose de marges de manœuvre plus étroites pour soutenir son allié libanais.
Les scénarios envisagés par les chancelleries évoquent trois hypothèses : une campagne aérienne intensifiée mais circonscrite, visant à contraindre le Hezbollah à un désarmement de facto ; une opération terrestre limitée au sud du Litani, destinée à créer une zone tampon durable ; ou, plus rarement mentionné, un conflit ouvert de plusieurs semaines susceptible de déstabiliser l’ensemble du Levant. Pour l’économie libanaise, déjà exsangue après six années de crise, chacun de ces scénarios signifierait un basculement supplémentaire.
Reste la variable diplomatique. Paris, Doha et Le Caire tentent, en coulisses, de reconstruire un cadre de médiation crédible, mais leur influence sur la décision israélienne demeure marginale. Selon Al Akhbar, les prochaines semaines seront déterminantes pour établir si le Liban peut encore éviter une nouvelle guerre régionale.
Pour aller plus loin
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