L’exécutif libanais se retrouve au cœur d’une controverse politique de premier plan. Selon une enquête du quotidien Al Akhbar, le président de la République Joseph Aoun et son adjoint chargé des affaires gouvernementales, le Premier ministre Nawaf Salam, auraient été engagés dans une séquence diplomatique délicate, qualifiée d’acrobatique par le journal, autour de la possibilité d’une rencontre ou d’un contact direct avec le chef du gouvernement israélien Benyamin Netanyahu. La publication évoque un épisode embarrassant pour la présidence et soulève la question de l’identité de ceux qui auraient finalement évité au chef de l’État libanais ce face-à-face.
Une présidence libanaise fragilisée par les pressions extérieures
Élu en janvier 2025 après plus de deux ans de vacance présidentielle, Joseph Aoun avait été présenté comme le candidat du compromis, susceptible d’apaiser la scène intérieure et de restaurer la crédibilité internationale du Liban. Mais le pays demeure profondément exposé aux conséquences de la guerre menée par Israël contre le Hezbollah à l’automne 2024 et à la fragilité du cessez-le-feu qui a suivi. Dans ce contexte, toute hypothèse d’un contact, même indirect, entre la présidence libanaise et le cabinet de Benyamin Netanyahu prend une dimension explosive.
L’enquête d’Al Akhbar décrit une séquence où le chef de l’État se serait laissé entraîner dans un mécanisme diplomatique aux contours flous, sous l’effet de sollicitations étrangères. Le journal, proche des positions du Hezbollah, parle ouvertement d’« acrobaties » présidentielles, terme rare dans le registre politique libanais et révélateur de la dureté du climat institutionnel. Reste que la publication n’apporte pas d’éléments matériels publics permettant de documenter le scénario d’une rencontre effective, et insiste plutôt sur l’embarras provoqué dans l’entourage de Joseph Aoun.
Nawaf Salam, un Premier ministre sous le feu des critiques
L’autre figure visée par l’article est Nawaf Salam, ancien président de la Cour internationale de Justice devenu Premier ministre en février 2025. Présenté à son arrivée comme un magistrat respecté et un technocrate au-dessus des appartenances confessionnelles, il est aujourd’hui pris à partie pour son rôle dans la gestion de la crise frontalière sud et dans la coordination avec les partenaires occidentaux. Al Akhbar laisse entendre que la coordination entre la présidence et la primature aurait, dans cet épisode, contribué à exposer le pays à un risque diplomatique inutile.
La mise en cause directe du chef du gouvernement est inhabituelle. Elle traduit la polarisation extrême du débat libanais autour de la conduite à tenir face à Israël, alors que Tel-Aviv maintient une présence militaire dans cinq positions du Sud-Liban et continue de mener des frappes ciblées contre des cadres présumés du Hezbollah. Pour les forces hostiles à toute normalisation, l’évocation d’un éventuel contact avec Benyamin Netanyahu équivaut à une ligne rouge constitutionnelle, le Liban n’ayant jamais signé d’accord de paix avec son voisin du sud.
Une scène politique sous tension permanente
L’article s’inscrit dans une série annoncée, le quotidien indiquant qu’il s’agit du premier volet d’une enquête plus large. Cette mise en perspective vise à maintenir la pression sur le tandem exécutif et à alimenter le débat parlementaire, alors que la session budgétaire et la discussion sur l’application de la résolution 1701 des Nations unies dominent l’agenda institutionnel. Les bailleurs de fonds internationaux, du Fonds monétaire international aux pays du Golfe, observent avec attention la capacité du nouveau pouvoir à tenir une ligne cohérente.
Pour les chancelleries occidentales, particulièrement Paris et Washington, l’épisode rappelle la difficulté de soutenir un exécutif libanais affaibli sans heurter les sensibilités intérieures. Toute apparence de canal direct avec le cabinet israélien expose immédiatement Joseph Aoun à des accusations de capitulation, dans un pays où la mémoire de l’occupation du Sud reste vive. Concrètement, la marge de manœuvre de la présidence se réduit au fur et à mesure que les médias proches du Hezbollah détaillent les coulisses de la décision publique.
L’identité de celui ou ceux qui auraient, selon Al Akhbar, dissuadé Joseph Aoun d’aller au bout d’un éventuel contact avec Benyamin Netanyahu reste l’enjeu central des prochains volets annoncés. Elle dira beaucoup sur la véritable architecture du pouvoir à Beyrouth et sur les acteurs capables, en dernier ressort, d’imposer une limite à la diplomatie présidentielle. Selon Al Akhbar.
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