Liban : Israël brandit une carte sans plan pour désarmer le Hezbollah

Captured view of Beirut's skyline with the Lebanese flag during sunset, showcasing urban architecture.Photo : Jo Kassis / Pexels

Le projet israélien de démantèlement du Hezbollah au Liban bute sur une contradiction de fond : l’absence de chemin opérationnel praticable. Selon la presse libanaise, Tel-Aviv multiplie les pressions militaires et diplomatiques, mais aucun mécanisme tangible ne soutient l’objectif affiché. La métaphore de la « carte sans route » résume l’impasse : un dessein stratégique privé d’instruments capables de l’inscrire dans la réalité politique libanaise.

Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu de novembre 2024, l’armée israélienne a maintenu une posture offensive dans le sud du Liban, frappant régulièrement des localités situées au-delà du Litani et conservant plusieurs positions sur le territoire libanais. Cette persistance alimente une équation politique paradoxale : plus la pression militaire s’accentue, plus la marge de manœuvre du gouvernement libanais pour engager un débat interne sur les armes du parti chiite se réduit.

Une feuille de route introuvable pour Tel-Aviv

Les responsables israéliens évoquent publiquement la nécessité de désarmer le mouvement dirigé par Naïm Kassem, successeur de Hassan Nasrallah tué lors d’une frappe en septembre 2024. Mais aucune des séquences proposées ne précise les étapes, les garants ni les échéances. Les émissaires américains, en première ligne pour relayer les exigences israéliennes auprès de Beyrouth, se heurtent au refus libanais de transformer une question de souveraineté nationale en transaction bilatérale dictée de l’extérieur.

La présidence libanaise, désormais incarnée par Joseph Aoun, et le gouvernement de Nawaf Salam ont opté pour une ligne de prudence. Les autorités défendent le principe d’une exclusivité étatique de l’usage des armes, mais à travers un dialogue national interne et selon un calendrier libanais. Cette approche écarte de facto l’idée d’une dissolution rapide imposée sous la pression aérienne. Le Hezbollah, de son côté, a indiqué ne pas accepter de discuter de son arsenal tant que l’armée israélienne occupe des positions au sud et poursuit ses bombardements.

Le pari miné de la pression militaire

L’efficacité réelle de la stratégie israélienne fait débat jusque dans les cercles sécuritaires régionaux. Les frappes ciblées ont infligé des pertes sérieuses au mouvement, mais elles n’ont pas produit l’effondrement structurel espéré. La base sociale chiite du sud, de la Bekaa et de la banlieue sud de Beyrouth reste largement solidaire de l’organisation, en particulier dans un contexte de reconstruction lente et de défiance envers les acteurs internationaux.

Par ailleurs, l’environnement régional s’est reconfiguré. La chute du régime de Bachar el-Assad fin 2024 a privé le Hezbollah d’une partie de ses corridors logistiques, mais elle a aussi rebattu les cartes diplomatiques au profit d’autres puissances, notamment la Turquie et les monarchies du Golfe. Tel-Aviv table sur cet affaiblissement pour précipiter le démantèlement, sans pour autant convaincre ses interlocuteurs occidentaux qu’une telle issue est atteignable par la seule contrainte militaire.

Beyrouth tenu à distance d’un scénario imposé

Sur le plan intérieur, la classe politique libanaise demeure divisée. Les forces souverainistes plaident pour une accélération du transfert exclusif des armes à l’armée nationale, tandis que le tandem chiite Hezbollah-Amal entend conditionner toute discussion à un retrait israélien complet et à des garanties sur la souveraineté territoriale. Entre ces pôles, l’exécutif tente de préserver une marge d’autonomie diplomatique, refusant de paraître exécuter un agenda étranger.

Reste que la pression économique pèse lourd. Le Liban, toujours plongé dans une crise financière entamée en 2019, dépend des bailleurs internationaux pour amorcer toute reconstruction sérieuse des zones frappées. Cette vulnérabilité offre un levier indirect à Washington et à Tel-Aviv, sans pour autant garantir un alignement politique. La carte israélienne demeure donc lisible dans son objectif, mais opaque dans ses moyens.

Concrètement, le scénario d’un démantèlement négocié et rapide du Hezbollah paraît hors d’atteinte à court terme. Les acteurs régionaux observent une équation gelée, où la persistance des frappes nourrit un statu quo conflictuel sans débouché politique. Selon Al Akhbar, c’est précisément cette absence de trajectoire crédible qui distingue l’actuelle séquence des précédentes confrontations israélo-libanaises.

Pour aller plus loin

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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