Le cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hezbollah continue d’être mis à rude épreuve dans le sud du Liban. L’armée israélienne a annoncé, le 22 mai au matin, avoir tué deux personnes lors d’une opération conduite non loin de la frontière commune. Quelques heures plus tôt, dans la nuit du 21 au 22 mai, quatre personnels de santé avaient déjà péri dans une frappe survenue à proximité de Tyr, selon les informations rapportées par l’Agence nationale d’information libanaise (ANI). Ces incidents nourrissent l’impression d’une trêve à géométrie variable, dont les modalités d’application demeurent contestées par Beyrouth.
Un cessez-le-feu vidé d’une partie de sa substance
Depuis l’entrée en vigueur de l’accord, Tsahal multiplie les opérations ciblées sur le territoire libanais, justifiées par la nécessité de prévenir tout réarmement du Hezbollah ou de neutraliser des infrastructures jugées hostiles. Les autorités libanaises, elles, dénoncent une lecture extensive du texte, qui transforme la cessation des hostilités en simple suspension partielle des combats. La mort de soignants, catégorie protégée par le droit international humanitaire, ravive les critiques portées par plusieurs ONG sur la conduite des opérations dans une zone densément peuplée.
Le sud du Liban demeure un terrain particulièrement sensible. La frontière dite Ligne bleue concentre l’essentiel des incidents recensés depuis plusieurs mois, et les villages situés entre Naqoura et Tyr vivent au rythme d’alertes quasi quotidiennes. Le retour des déplacés y reste limité, freiné par l’incertitude sécuritaire et l’état des infrastructures civiles. Pour les chancelleries occidentales, la crédibilité de l’accord négocié avec l’aide des médiateurs américains et français se joue désormais sur la capacité à imposer une véritable désescalade, et non sur la lettre du document signé.
Le Pakistan tente une médiation entre Téhéran et ses adversaires
Dans un registre diplomatique distinct mais lié à la même équation régionale, Islamabad s’apprête à jouer un rôle d’intermédiaire. Le chef de l’armée pakistanaise, le général Asim Munir, doit se rendre prochainement à Téhéran pour des entretiens avec les responsables iraniens. Le déplacement, présenté comme une démarche de médiation, intervient dans une séquence où la République islamique a multiplié les signaux d’ouverture après avoir essuyé plusieurs revers militaires régionaux. Le Pakistan, qui entretient des relations équilibrées avec les pétromonarchies du Golfe et avec l’Iran, dispose d’un capital diplomatique rare dans la région.
Cette mission n’a rien d’anodin. Le général Munir, devenu l’homme fort d’Islamabad, incarne la diplomatie militaire pakistanaise, souvent plus active que celle conduite par les autorités civiles. Sa visite à Téhéran pourrait servir de canal discret entre l’Iran et plusieurs capitales, à commencer par Washington et Riyad. Reste à savoir si le contenu des discussions portera sur le dossier nucléaire, sur l’influence iranienne au Levant ou sur la situation au Yémen, autant de chantiers où la posture de la République islamique demeure scrutée.
Une équation régionale à plusieurs inconnues
La concomitance entre la pression militaire israélienne au Liban et l’activation d’un canal pakistano-iranien illustre la complexité du moment stratégique. D’un côté, l’État hébreu cherche à graver dans la durée son avantage tactique acquis face au Hezbollah. De l’autre, l’Iran, principal soutien du mouvement chiite, tente de réorganiser son arc d’influence sans s’exposer à une confrontation directe. Entre les deux, les pays médiateurs cherchent à empêcher tout basculement vers un conflit régional ouvert.
Le facteur libanais reste central. La fragilité institutionnelle du pays, la paralysie de son économie et la vulnérabilité des populations frontalières limitent fortement la marge de manœuvre de Beyrouth, contraint de s’en remettre à la diplomatie internationale pour faire respecter la trêve. Les partenaires européens, dont la France, ont multiplié les appels à un strict respect du cessez-le-feu, sans obtenir à ce stade d’inflexion notable des opérations israéliennes. Le maintien de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) dans son format actuel constitue, sur ce point, l’un des derniers leviers tangibles.
Concrètement, la séquence ouverte cette semaine confirme que la fin officielle des hostilités n’a pas produit la décrue espérée. Tant que les frappes se poursuivent et que la médiation régionale demeure embryonnaire, le risque d’une reprise en escalade ne peut être écarté. Selon RFI Moyen-Orient.
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