Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial, pourrait bientôt cesser d’être un corridor maritime libre. Le Parlement iranien examine un projet de loi visant à imposer un droit de passage à l’ensemble des navires franchissant cette voie stratégique, selon les informations relayées depuis Téhéran. Le texte, dont le vote est attendu dans les prochains jours, prévoit que la redevance soit acquittée en monnaie nationale, le rial, une exigence qui dépasse le simple cadre fiscal.
Les autorités iraniennes évaluent les recettes potentielles à environ 80 milliards de dollars par an. Une manne considérable pour une économie étranglée par les sanctions occidentales et confrontée à la nécessité de reconstruire les infrastructures endommagées par les frappes récentes. La logique du dispositif est double : créer une rente géoéconomique pérenne et imposer une demande captive de devise iranienne sur les marchés internationaux.
Une arme financière déguisée en péage maritime
Exiger un paiement en rial revient à contraindre armateurs, traders et compagnies pétrolières à se fournir en monnaie iranienne pour acquitter la taxe. Le mécanisme, s’il était appliqué, créerait mécaniquement une demande structurelle pour une devise aujourd’hui marginalisée par les sanctions américaines et le retrait du système Swift. Téhéran transformerait ainsi un goulet d’étranglement géographique en outil de contournement monétaire.
Le détroit, large d’à peine 33 kilomètres en son point le plus étroit, voit transiter quotidiennement entre 17 et 20 millions de barils de brut, principalement à destination de l’Asie. Les exportateurs du Golfe — Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Koweït, Qatar, Irak — n’ont aucune route alternative comparable pour écouler leurs hydrocarbures. La République islamique entend manifestement capitaliser sur cette dépendance structurelle.
Une légalité contestée par le droit maritime international
Le projet se heurte frontalement à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), qui consacre le principe du passage en transit dans les détroits internationaux. Ce régime garantit aux navires de tous pavillons une circulation continue et rapide, sans entrave fiscale de la part des États riverains. L’Iran, signataire mais non ratifiant du texte, conteste depuis longtemps son application au détroit d’Ormuz.
Les chancelleries occidentales et les pays du Conseil de coopération du Golfe devraient considérer une telle taxe comme un acte unilatéral contraire au droit coutumier. Washington, dont la Ve Flotte est basée à Bahreïn, a historiquement érigé la liberté de navigation dans la zone en ligne rouge. Une mise en œuvre effective du texte placerait la marine iranienne en première ligne pour faire respecter une norme que les grandes puissances maritimes refuseraient d’admettre.
Reconstruction, sanctions et bras de fer régional
Le calendrier du projet n’est pas anodin. Téhéran sort affaibli d’une séquence militaire coûteuse et cherche à mobiliser des ressources extrabudgétaires sans solliciter davantage les ménages, déjà éprouvés par une inflation chronique et une dépréciation continue du rial. La rente d’Ormuz offrirait, sur le papier, une assiette quasi inépuisable, indexée sur les flux énergétiques mondiaux.
Reste que la perception effective d’une telle taxe suppose des moyens de coercition que la marine iranienne, pour redoutable qu’elle soit en guerre asymétrique, n’a jamais déployés à grande échelle contre le commerce civil. Les précédentes saisies de tankers, opérées par les Gardiens de la révolution, relevaient de représailles ponctuelles, non d’un dispositif fiscal systématique. Passer d’une logique de pression à une logique de prélèvement permanent constitue un saut qualitatif majeur.
Pour les capitales arabes du Golfe, l’initiative ravive le spectre d’une sanctuarisation iranienne du détroit, qu’elles redoutent depuis la révolution de 1979. Riyad et Abou Dhabi ont investi dans des oléoducs de contournement — ligne Est-Ouest saoudienne, pipeline d’Habshan-Fujaïrah aux Émirats — mais ces capacités demeurent insuffisantes pour absorber la totalité des exportations régionales. La perspective d’un péage iranien pourrait accélérer ces stratégies de diversification logistique.
Le vote attendu au Majlis sera scruté avec attention par les opérateurs maritimes, les assureurs londoniens et les ministères de l’Énergie asiatiques. Une adoption formelle, même sans application immédiate, suffirait à modifier les primes de risque sur le brut acheminé via Ormuz. Selon France 24 Moyen-Orient, le texte pourrait être mis aux voix dans les prochains jours.
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