Mahmoud Abbas pousse son fils Yasser dans l’appareil du Fatah

Aerial view of Qalqilya's urban cityscape under dramatic clouds, showcasing diverse architecture.Photo : abu adel / Pexels

Le congrès général du Fatah s’est ouvert à Ramallah, en Cisjordanie occupée, pour une session de trois jours appelée à recomposer la direction du principal mouvement nationaliste palestinien. À l’agenda formel, l’élection du comité central, organe exécutif qui pilote la ligne politique du Fatah et alimente en cadres l’Autorité palestinienne. En coulisses, une autre opération se joue : la promotion de Yasser Abbas, fils du raïs, dans l’appareil du parti. À plus de 89 ans et après deux décennies à la tête de l’Autorité, Mahmoud Abbas cherche à verrouiller son héritage politique sans céder, pour l’heure, le moindre pouce de son autorité.

Un congrès du Fatah sous étroit contrôle présidentiel

Le rendez-vous de Ramallah n’a rien d’un exercice ouvert. Le Fatah, fondé par Yasser Arafat à la fin des années 1950, est devenu sous la présidence d’Abbas une organisation très centralisée, dont les arbitrages internes remontent presque tous à la Mouqata’a. La désignation des délégués au congrès, les commissions de discipline, la maîtrise du fichier des adhérents : autant de leviers que le président palestinien actionne pour contenir les contestataires et écarter les figures encombrantes.

Mohammed Dahlan, ancien chef de la sécurité préventive à Gaza réfugié aux Émirats arabes unis, reste exclu. Marwan Barghouti, détenu dans les prisons israéliennes et crédité par les sondages d’une popularité écrasante face à Abbas, n’a aucun relais officiel pour peser sur les votes. Quant à Nasser al-Qudwa, neveu d’Arafat, il a été évincé du mouvement dès 2021 pour avoir tenté de présenter une liste dissidente. Le terrain a donc été méthodiquement déblayé avant l’ouverture des travaux.

Yasser Abbas, un héritier longtemps tenu à l’écart de la politique

Jusqu’ici, le second fils du président palestinien s’était illustré dans les affaires plutôt que dans les arènes partisanes. Yasser Abbas dirige avec son frère Tarek le groupe Falcon, conglomérat actif notamment dans le tabac, la publicité et les travaux publics, dont les contrats avec l’Autorité ont régulièrement nourri les soupçons d’enrichissement familial. Une enquête américaine ouverte sous l’administration Trump, puis classée, avait jeté en 2019 une lumière crue sur la fortune accumulée par la fratrie.

L’irruption de Yasser dans le jeu interne du Fatah marque donc un changement de registre. Le raïs entendrait lui ouvrir une porte vers le comité central, antichambre des plus hautes fonctions exécutives, et lui ménager simultanément un point d’ancrage dans les institutions de l’Autorité palestinienne. Plusieurs cadres historiques voient dans cette accélération une tentative à peine voilée d’organiser une transmission familiale, dans un mouvement qui s’est pourtant toujours défendu d’épouser les codes dynastiques observés ailleurs dans la région.

Une succession qui empoisonne déjà l’Autorité palestinienne

Officiellement, la question du successeur de Mahmoud Abbas n’est pas inscrite à l’ordre du jour du congrès. Dans les faits, elle s’invite partout. Hussein al-Cheikh, nommé en 2025 vice-président de l’Organisation de libération de la Palestine, fait figure de dauphin institutionnel auprès des partenaires internationaux, en particulier américains et arabes. Le chef des renseignements Majed Farraj, longtemps présenté comme un homme fort potentiel, conserve un poids considérable dans l’appareil sécuritaire. La promotion de Yasser Abbas brouille cet équilibre déjà précaire et complique la lecture pour les chancelleries occidentales.

L’enjeu dépasse la cuisine interne du Fatah. Affaiblie par la guerre à Gaza, la colonisation accélérée en Cisjordanie et une légitimité populaire en chute libre, l’Autorité palestinienne joue son crédit auprès de sa propre base. Les sondages réalisés ces derniers mois par le Palestinian Center for Policy and Survey Research donnent Abbas largement battu par n’importe quel candidat alternatif crédible. Imposer un héritier perçu comme le produit du sérail risque d’alimenter encore le procès en confiscation que le Hamas, comme une partie de la société civile, instruit contre la direction de Ramallah.

Reste la question diplomatique. Les capitales européennes et arabes qui plaident pour une Autorité palestinienne réformée, condition mise par Washington à toute implication dans la reconstruction de Gaza, observent avec circonspection la manœuvre. Une succession dynastique mal préparée pourrait fragiliser le seul interlocuteur palestinien reconnu par la communauté internationale, au moment précis où celui-ci est sommé de se réinventer. Selon France 24 Moyen-Orient.

Pour aller plus loin

Liban : négociations sous les frappes israéliennes et couverture américaine · Tribune : Moustapha el Roz dénonce une « paix de soumission » au Liban · Netanyahu effectue une visite secrète aux Émirats arabes unis

Actualité africaine

About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

Be the first to comment on "Mahmoud Abbas pousse son fils Yasser dans l’appareil du Fatah"

Laisser un commentaire