Mali-Algérie : la 13e Commission mixte relance la coopération bilatérale

A nighttime cityscape of Alger Centre, featuring the illuminated Maqam Echahid in the background.Photo : Chakib Remache / Pexels

La coopération entre le Mali et l’Algérie franchit une étape déterminante avec la tenue de la 13e session de la Commission mixte bilatérale. À l’issue des travaux, Bamako et Alger ont affiché la volonté commune de dépasser une longue période de brouille et de replacer leurs relations sur des rails plus opérationnels. Le format retenu, celui d’un mécanisme intergouvernemental à large spectre, traduit l’ambition d’une remise à plat des dossiers techniques, sécuritaires et économiques.

Depuis la dénonciation, fin 2023, de l’Accord d’Alger de 2015 par les autorités de la transition malienne, le canal diplomatique entre les deux États s’était considérablement rétréci. Les échanges publics, souvent aigres, avaient fragilisé un partenariat historique construit sur une frontière commune de près de 1 400 kilomètres et sur des intérêts sécuritaires partagés dans le nord du Sahel. La reprise formelle du dialogue à travers la Commission mixte scelle donc davantage qu’un simple rendez-vous protocolaire.

Une relance diplomatique au cœur du Sahel

Les autorités des deux pays présentent cette 13e session comme une page tournée. Bamako, engagé dans une refondation institutionnelle sous la houlette du général Assimi Goïta, cherche à consolider ses appuis régionaux après son retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la structuration de l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Burkina Faso et le Niger. Alger, de son côté, entend restaurer une profondeur stratégique méridionale mise à mal par la montée en puissance d’acteurs concurrents dans la région.

La convergence conjoncturelle des agendas explique la tonalité de la rencontre. Le pouvoir algérien, attaché à une doctrine de non-ingérence assortie d’une forte activité de médiation, ne peut se permettre un décrochage prolongé avec un voisin sahélien clé. Pour la transition malienne, disposer d’un partenaire disposant à la fois d’une frontière directe, de capacités énergétiques et d’une expertise sécuritaire constitue un atout dans la recomposition en cours. Les deux capitales partagent en outre une lecture critique des ingérences extérieures dans les affaires africaines.

Sécurité, énergie et échanges frontaliers

Les dossiers mis sur la table couvrent un spectre large. La sécurité aux frontières figure au premier rang, dans un contexte où les groupes armés circulent entre le nord du Mali, le sud algérien et l’espace libyen. Les questions de contrôle des flux, de renseignement partagé et de gestion des points de passage réclament une coordination renouvelée après plusieurs mois de gel opérationnel. Les incidents survenus en 2024 autour du drone abattu à proximité de Tinzaouatène avaient illustré la sensibilité des postures militaires respectives.

Le volet économique n’est pas en reste. L’Algérie est un fournisseur potentiel d’hydrocarbures et de produits raffinés pour un Mali enclavé et confronté à des tensions récurrentes d’approvisionnement en carburant. Les échanges commerciaux, longtemps sous-exploités par rapport au potentiel des deux marchés, pourraient bénéficier d’un cadre logistique rénové, notamment via la route transsaharienne. Les infrastructures de télécommunications, les partenariats bancaires et la coopération universitaire figurent également parmi les chantiers évoqués par les délégations.

Un signal pour la diplomatie régionale

Au-delà du bilatéral, la relance Mali-Algérie envoie un message aux acteurs régionaux et extérieurs. Elle démontre que la diplomatie africaine conserve des ressorts propres, en dehors des grilles de lecture imposées par les partenaires traditionnels. Elle rappelle aussi que la stabilité sahélienne dépend moins des postures publiques que de la qualité des canaux techniques entre États voisins. Pour Alger, l’exercice consolide un positionnement de puissance médiatrice ; pour Bamako, il élargit la palette diplomatique au moment où la junte cherche à sécuriser sa trajectoire.

Reste à traduire l’affichage politique en résultats tangibles. Les précédentes commissions mixtes avaient débouché sur des feuilles de route ambitieuses, dont la mise en œuvre s’était heurtée aux vicissitudes politiques. Le calendrier de suivi, les groupes de travail sectoriels et le prochain rendez-vous ministériel constitueront des indicateurs à surveiller. Selon Dakaractu, les deux parties se sont engagées à faire de cette session le point de départ d’un cycle diplomatique plus dense et plus régulier.

Pour aller plus loin

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About the Author

Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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