Le centre du Mali traverse l’une de ses séquences les plus sanglantes de ces derniers mois. La région de Mopti, épicentre historique de l’insurrection jihadiste qui ronge le pays depuis une décennie, a enregistré au moins 70 morts à la faveur d’une série d’attaques coordonnées et d’affrontements entre groupes armés. Le bilan, encore provisoire, pourrait s’alourdir compte tenu de la difficulté d’accès aux localités touchées et de la dispersion des théâtres d’opération.
Une région sous emprise jihadiste persistante
Mopti concentre depuis 2015 l’essentiel de l’activité des katibas affiliées au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), structure liée à Al-Qaïda et longtemps animée par la figure peule Amadou Koufa. La zone, mosaïque de communautés peule, dogon et bambara, a vu se superposer aux opérations jihadistes des conflits intercommunautaires meurtriers, alimentés par la concurrence pour les ressources pastorales et agricoles. Cette imbrication rend chaque bilan ambigu, les autorités peinant à distinguer attaques idéologiques, représailles communautaires et règlements de comptes.
Les villages ciblés se trouvent dans des cercles régulièrement frappés par les hommes armés à motos, mode opératoire devenu signature des incursions jihadistes au Sahel. Les assaillants exécutent les habitants, pillent les troupeaux et incendient les habitations avant de se replier dans la brousse. Les forces armées maliennes (FAMa), réorganisées depuis le retrait de la mission onusienne (MINUSMA) en 2023, peinent à couvrir un territoire grand comme la France avec des moyens contraints.
Le tournant stratégique depuis le départ de Barkhane
Depuis la rupture avec Paris et le retrait de l’opération Barkhane en 2022, la junte au pouvoir à Bamako s’appuie sur le partenariat avec la Russie, d’abord via le groupe Wagner puis via l’Africa Corps placé sous contrôle direct du ministère russe de la Défense. Cette bascule a permis quelques succès tactiques dans le nord, notamment la reprise de Kidal en novembre 2023. Mais le centre du pays, longtemps présenté comme prioritaire, demeure un angle mort opérationnel.
Les analystes du Sahel relèvent une recomposition territoriale du GSIM, qui étend désormais son influence vers le sud du Mali et les frontières burkinabè et ivoirienne. Mopti reste la base arrière de cette projection. Les attaques récentes confirment la capacité des groupes armés à frapper en profondeur, à quelques centaines de kilomètres seulement de la capitale, malgré les opérations conjointes annoncées par l’Alliance des États du Sahel (AES) qui réunit Bamako, Ouagadougou et Niamey.
Un coût humain et politique grandissant
Le drame de Mopti intervient alors que la transition militaire malienne, dirigée par le général Assimi Goïta, fait face à une contestation interne croissante. La promesse d’un retour rapide de l’État dans les zones reconquises peine à se matérialiser, et l’économie pastorale qui structurait la région est à l’arrêt. Plusieurs centaines de milliers de personnes sont déplacées dans le centre du pays, selon les agences humanitaires, et l’accès aux marchés de Mopti et Sévaré est intermittent.
Sur le plan diplomatique, le retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) acté en janvier 2024 par les trois pays de l’AES a fragilisé les mécanismes régionaux de coopération sécuritaire. Le partage de renseignement avec les voisins côtiers, en particulier le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Ghana, fonctionne au ralenti, alors même que les groupes armés exploitent ces fractures politiques.
Pour les chancelleries occidentales et les bailleurs humanitaires, Mopti illustre l’impasse d’une stratégie purement militaire face à un adversaire enraciné dans le tissu social local. Sans réinvestissement civil massif, services publics et justice de proximité, la spirale des massacres semble appelée à se prolonger. Selon PressAfrik, les bilans communiqués par les autorités locales et les sources sécuritaires convergent autour d’au moins 70 victimes pour cette dernière séquence.
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