Minéraux critiques : pourquoi l’Europe investit dans la cartographie géologique de l’Afrique

Alors que la concurrence mondiale pour l’accès aux minéraux critiques s’intensifie, l’Union européenne élargit sa stratégie en Afrique. Au-delà du financement de projets miniers, Bruxelles mise désormais sur un levier moins visible mais essentiel : le développement des connaissances géologiques. L’objectif est double : aider les pays africains à mieux valoriser leurs ressources tout en sécurisant les approvisionnements européens en matières premières stratégiques.

Mieux connaître le sous-sol africain

Graphite, cuivre, terres rares, lithium ou encore cobalt sont devenus indispensables aux batteries, aux énergies renouvelables, à l’industrie électronique et à la défense. Pourtant, dans plusieurs pays africains, la connaissance du potentiel géologique reste incomplète.

Lors du salon Mining On Top Africa (MOTA) organisé à Paris, plusieurs experts ont rappelé que de nombreux États disposent encore de données géologiques incomplètes, anciennes ou difficilement exploitables. Une meilleure cartographie du sous-sol permettrait non seulement d’attirer davantage d’investisseurs, mais aussi de négocier plus efficacement les projets miniers.

Le programme PanAfGeo+ entre dans une nouvelle phase

Pour répondre à cet enjeu, l’Union européenne poursuit le déploiement de PanAfGeo+, troisième étape d’un programme de coopération lancé en 2016 entre les services géologiques européens et africains.

Prévu pour la période 2025-2029, ce programme vise à renforcer les compétences des instituts géologiques africains, améliorer la collecte et la gestion des données géoscientifiques, développer les infrastructures de conservation des échantillons et accompagner une exploitation plus durable des ressources minières.

En parallèle, PanAfGeo+ Invest, lancé en 2026, cherche à rapprocher les projets miniers africains des investisseurs et industriels européens, en créant un environnement plus favorable au développement de nouvelles exploitations.

Des pays ciblés pour leur potentiel stratégique

Plusieurs pays ont déjà été identifiés dans le cadre de ces programmes, notamment le Rwanda, la Tanzanie, l’Ouganda, la Zambie, la République démocratique du Congo, la Namibie et l’Afrique du Sud.

Leur sélection repose sur plusieurs critères : richesse en ressources critiques, rôle potentiel dans les chaînes de valeur régionales ou besoin de renforcer les capacités techniques des services géologiques nationaux.

En République démocratique du Congo, la question des archives géologiques illustre parfaitement ces enjeux. Une partie importante des données collectées durant la période coloniale est toujours conservée en Belgique, suscitant un intérêt croissant à mesure que les nouvelles technologies permettent de numériser et d’exploiter ces informations anciennes.

Un enjeu de souveraineté économique

Pour les pays africains, disposer de données géologiques fiables représente un véritable levier de souveraineté. Une meilleure connaissance des ressources permet de valoriser plus efficacement les permis miniers, d’améliorer les négociations avec les compagnies internationales et de renforcer l’attractivité du secteur.

Les experts insistent également sur l’importance de préserver les bases de données, les collections d’échantillons de roches et les carottes de forage, qui constituent un patrimoine scientifique indispensable à long terme.

L’Europe cherche à diversifier ses approvisionnements

Cette coopération répond également aux intérêts stratégiques de l’Union européenne. Avec le Critical Raw Materials Act, Bruxelles cherche à réduire sa dépendance envers certains fournisseurs, notamment la Chine, qui domine aujourd’hui plusieurs chaînes d’approvisionnement en matières premières critiques.

En complément de PanAfGeo+, la Critical Raw Materials Facility vise à faciliter les liens entre les projets miniers africains, les investisseurs européens et les futurs acheteurs industriels.

Pour autant, les responsables du programme soulignent que cette coopération ne pourra être durable qu’à condition de bénéficier aux deux parties. Les pays africains attendent non seulement des investissements, mais aussi des transferts de compétences, le développement d’industries locales et une meilleure valorisation de leurs ressources, afin que l’exploitation des minéraux critiques contribue davantage à leur développement économique.

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