Niger : deux permis d’uranium attribués à des sociétés nationales

Aerial shot of a large quarry in Kaduna, Nigeria, during the day.Photo : LekePOV / Pexels

Le Niger franchit une nouvelle étape dans la reconfiguration de son secteur uranifère. Le gouvernement de transition a octroyé deux permis d’exploitation à des entreprises nigériennes, marquant une inflexion notable dans la politique minière du pays. La mesure s’inscrit dans le prolongement des décisions prises depuis le changement de régime intervenu en juillet 2023, qui ont progressivement remis en cause les positions acquises par les acteurs occidentaux sur les gisements du nord du pays.

L’uranium constitue l’une des principales rentes d’exportation nigériennes. Le pays figure historiquement parmi les premiers fournisseurs mondiaux du combustible atomique, avec des sites emblématiques concentrés dans la région d’Agadez, autour d’Arlit et d’Akokan. Pendant plusieurs décennies, l’exploitation a été dominée par le groupe français Orano, ex-Areva, dont la Somaïr et la Cominak ont structuré l’économie locale. Cette architecture est aujourd’hui remise en cause.

Une souveraineté minière érigée en doctrine

L’attribution des deux nouveaux titres miniers à des sociétés de droit nigérien traduit la doctrine assumée par les autorités de Niamey depuis leur arrivée au pouvoir. Le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) a fait de la reprise en main des ressources naturelles un axe central de son discours politique et de sa légitimation. Plusieurs mesures ont déjà matérialisé cette orientation, dont le retrait, à l’été 2024, du permis d’exploitation du gisement géant d’Imouraren, initialement détenu par Orano.

Le contentieux qui oppose le groupe français à l’État nigérien s’est depuis durci. Orano a saisi les instances arbitrales internationales et dénoncé la perte de contrôle opérationnel de plusieurs de ses filiales locales. Niamey, de son côté, revendique un droit inaliénable à disposer des ressources du sous-sol au bénéfice prioritaire des acteurs nationaux. Ce bras de fer illustre le repositionnement plus large des juntes sahéliennes face aux partenaires historiques européens.

Vers une filière nationale intégrée

La montée en puissance d’opérateurs locaux dans l’exploitation de l’uranium pose plusieurs défis techniques et financiers. L’extraction et le traitement du minerai exigent un savoir-faire industriel spécifique, des équipements coûteux et des débouchés commerciaux structurés. Historiquement, les majors internationales assuraient à la fois l’ingénierie, le financement et l’écoulement de la production vers les marchés européens et asiatiques. La reconstitution d’une chaîne de valeur autour d’entreprises nigériennes suppose donc soit un transfert de compétences, soit l’entrée de nouveaux partenaires étrangers.

Dans cette perspective, plusieurs signaux indiquent un rapprochement avec des acteurs russes, iraniens et turcs. Moscou, notamment, a multiplié les gestes diplomatiques en direction de Niamey, tandis que Téhéran affiche un intérêt marqué pour la coopération dans les industries extractives sahéliennes. Reste à déterminer sous quelle forme ces partenariats se matérialiseront et quel niveau de participation les capitaux étrangers conserveront dans les nouveaux véhicules d’exploitation.

Un enjeu géoénergétique européen

La reconfiguration du secteur uranifère nigérien intervient dans un moment sensible pour le marché mondial du combustible nucléaire. La relance des programmes atomiques en Europe, portée notamment par la France, la Belgique et plusieurs pays d’Europe centrale, ravive la question de la sécurisation des approvisionnements. Le Niger représentait, avant la crise, une part significative des importations européennes d’uranium naturel, aux côtés du Kazakhstan, du Canada et de l’Australie.

Concrètement, une bascule durable de la production nigérienne vers des circuits non occidentaux modifierait l’équation d’approvisionnement des électriciens du continent européen. Les opérateurs concernés cherchent d’ores et déjà à diversifier leurs sources, tout en maintenant le canal juridique de leurs revendications sur les actifs perdus. Pour Niamey, l’enjeu consiste à convertir cette redistribution en revenus fiscaux tangibles et en emplois qualifiés, sans compromettre la capacité opérationnelle des mines concernées.

La trajectoire choisie par le pouvoir nigérien s’inscrit dans une tendance sahélienne plus large de nationalisation partielle des ressources stratégiques, également perceptible au Mali et au Burkina Faso. L’attribution des deux permis d’uranium à des sociétés locales constitue une pièce supplémentaire de cette recomposition, dont les effets sur les équilibres du marché mondial se mesureront sur plusieurs années. Selon PressTV, ces titres viennent d’être formellement octroyés à des opérateurs nigériens.

Pour aller plus loin

La Sonamines ouvre des négociations directes sur Nkamouna et Akonolinga · Centrafrique : au moins 100 morts dans une mine d’or à Zamboyé · Côte d’Ivoire : 4 600 milliards de FCFA perdus dans l’orpaillage illicite

Actualité africaine

About the Author

Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

Be the first to comment on "Niger : deux permis d’uranium attribués à des sociétés nationales"

Laisser un commentaire