Ouattara appelle à l’union nationale pour bâtir la Grande Côte d’Ivoire

Contemporary cityscape of Abidjan featuring high-rise buildings by the waterfront under overcast skies.Photo : Jean Marc Bonnel / Pexels

Le président ivoirien Alassane Ouattara a réaffirmé sa volonté d’inscrire la Côte d’Ivoire dans une trajectoire d’émergence accélérée en appelant l’ensemble des forces vives de la nation à contribuer à la construction de ce qu’il désigne comme la « Grande Côte d’Ivoire ». Ce mot d’ordre, formulé à l’entame d’un nouveau cycle politique, traduit la volonté du chef de l’État de fédérer les élites administratives, économiques, religieuses et communautaires autour d’un projet commun. Il intervient alors qu’Abidjan cherche à capitaliser sur une décennie de croissance soutenue pour franchir un palier structurel.

Un appel à la cohésion des forces vives ivoiriennes

La sollicitation présidentielle vise explicitement toutes les composantes de la société ivoirienne. Institutions républicaines, partis politiques, secteur privé, société civile, chefferies traditionnelles et diaspora sont invités à s’inscrire dans une démarche commune. La formule choisie renvoie à une conception intégratrice de l’action publique, où la réussite du projet national dépend d’une adhésion large plutôt que du seul volontarisme de l’exécutif. Ce cadrage n’est pas neutre. Il vient dans une séquence politique où la question de la stabilité et de la continuité des politiques publiques revêt une acuité particulière.

Pour Alassane Ouattara, la démarche s’inscrit dans le prolongement des grandes orientations défendues depuis 2011, articulées autour de l’industrialisation, du désenclavement des zones rurales et du positionnement d’Abidjan comme carrefour régional. Le président entend ainsi transformer une dynamique macroéconomique favorable, marquée par une croissance moyenne supérieure à 6 % ces dernières années, en gains sociaux plus tangibles pour les ménages. La rhétorique de la « Grande Côte d’Ivoire » englobe cette double ambition : consolidation des indicateurs et redistribution accrue.

Un projet économique et politique de long terme

Sur le plan économique, la promesse d’une Côte d’Ivoire élargie renvoie à plusieurs chantiers structurants déjà engagés. Le port d’Abidjan poursuit son extension, tandis que celui de San Pedro monte en puissance sur les filières minière et agricole. Le réseau autoroutier s’étend vers le nord, en direction du Burkina Faso et du Mali, avec un objectif de renforcement des corridors logistiques ouest-africains. Le secteur énergétique, longtemps identifié comme un point de vulnérabilité après la crise d’approvisionnement de 2024, fait l’objet d’investissements importants pour sécuriser la production et diversifier le mix.

La dimension politique n’est toutefois pas moins importante. En sollicitant les forces vives, le président ivoirien cherche à élargir la base de soutien de son action au-delà du seul appareil du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Cette ouverture rhétorique traduit une lecture stratégique : les grands projets d’infrastructures et de transformation économique requièrent un consensus minimal pour ne pas être remis en cause au gré des alternances. La référence à la nation, plutôt qu’au camp présidentiel, s’inscrit dans cette logique de long terme.

Une méthode fondée sur le rassemblement

Le choix du vocabulaire n’est pas anodin. En parlant de « Grande Côte d’Ivoire », l’exécutif s’inscrit dans une tradition politique héritée du président fondateur Félix Houphouët-Boigny, où l’ambition nationale s’exprimait à travers des slogans mobilisateurs. Cette filiation revendiquée vise à ancrer l’action présidentielle dans une continuité historique et à désamorcer les critiques qui pointent une personnalisation excessive du pouvoir. Reste que la mise en œuvre concrète de cet appel dépendra de la capacité des institutions à traduire l’énoncé politique en dispositifs opérationnels.

Les observateurs relèvent que la réussite d’un tel projet suppose des avancées mesurables en matière de gouvernance, de climat des affaires et de lutte contre les inégalités territoriales. Le nord et le centre du pays, moins bien dotés en infrastructures que la façade lagunaire, restent des zones prioritaires. La question de l’inclusion des jeunes, dans un pays où plus de 75 % de la population a moins de 35 ans, constitue par ailleurs un défi structurel. L’appel présidentiel prendra tout son sens s’il se traduit par des mécanismes concrets d’association des acteurs mentionnés aux processus de décision.

Selon Abidjan.net.

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About the Author

Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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