En Côte d’Ivoire, la question des déguerpissements illégaux s’invite au sommet de l’État. Alassane Ouattara a fait savoir que les opérations de démolition menées sans autorisation ni cadre juridique clair feraient désormais l’objet de sanctions. Le chef de l’État entend ainsi reprendre la main sur un dossier devenu politiquement sensible, alors que plusieurs quartiers d’Abidjan et de villes secondaires ont été rasés ces derniers mois au nom de la sécurité urbaine et de la lutte contre les constructions anarchiques.
Une riposte présidentielle à la contestation sociale
Les déguerpissements conduits depuis 2024 dans le District autonome d’Abidjan ont nourri un mécontentement palpable. Familles délogées, commerçants ruinés, riverains privés de repères : le coût humain de ces opérations a été largement documenté par la presse ivoirienne et les organisations de défense des droits. En promettant des sanctions contre les agents et responsables qui outrepasseraient leurs prérogatives, le président Ouattara envoie un signal aux administrations concernées, mais aussi à une opinion publique en attente d’un rééquilibrage entre impératifs d’urbanisme et protection des habitants.
La démarche vise à distinguer les opérations conduites dans le cadre légal, précédées de notifications et de compensations, de celles menées de façon expéditive. Concrètement, cette distinction devrait clarifier la chaîne de responsabilité entre les préfectures, les mairies, le District d’Abidjan et les ministères techniques. Reste à voir si les mécanismes de contrôle et de recours seront effectivement renforcés, alors que plusieurs collectifs de sinistrés réclament depuis des mois des indemnisations qui tardent à être versées.
Inondations : un dispositif de riposte à muscler
Le second volet de l’intervention présidentielle concerne les inondations, dont la saison des pluies a de nouveau révélé l’ampleur. Abidjan et plusieurs localités du sud du pays ont subi des épisodes meurtriers ces dernières années, avec des dégâts matériels considérables et des pertes en vies humaines. Le chef de l’État a annoncé un renforcement du dispositif public de prévention et de réponse, en s’appuyant sur les services de l’Office national de la protection civile (ONPC) et les collectivités territoriales.
Le lien entre les deux volets n’est pas anodin. Une partie des déguerpissements conduits ces derniers mois avait précisément été justifiée par la vulnérabilité des habitats installés dans des zones inondables ou sur des flancs de collines instables. La contradiction entre la nécessité de protéger les populations exposées et le respect des droits des occupants installe l’exécutif ivoirien dans une équation délicate. Le durcissement annoncé contre les abus vise à sortir de cette tension par le haut, en préservant l’objectif de sécurisation urbaine sans en payer un prix politique disproportionné.
Un enjeu politique à quelques mois d’échéances majeures
Le calendrier de cette annonce mérite l’attention. La Côte d’Ivoire, engagée dans une séquence politique dense, ne peut se permettre de laisser prospérer une contestation urbaine capable de se cristalliser autour des figures des familles délogées. En reprenant l’initiative sur ce dossier, Alassane Ouattara cherche à désamorcer un motif de mobilisation qui traverse toutes les couches sociales des quartiers populaires d’Abidjan, de Yopougon à Port-Bouët en passant par Koumassi.
Par ailleurs, la promesse de sanctions engage la crédibilité de l’exécutif. Sans procédures rendues publiques et sans exemples visibles de responsables mis en cause, l’annonce risquerait d’être perçue comme un exercice de communication. Les organisations de la société civile ivoirienne, qui suivent le dossier de près, attendent des actes concrets, notamment la publication d’un bilan chiffré des opérations menées, du nombre de familles concernées et des indemnisations effectivement versées.
Sur le plan économique, la stabilité sociale dans le Grand Abidjan constitue un paramètre suivi par les investisseurs et les partenaires financiers. Les bailleurs internationaux qui accompagnent la modernisation urbaine, du drainage aux transports en commun, apprécieront un cadre plus prévisible pour la gestion foncière. À l’inverse, tout maintien du statu quo pourrait fragiliser des projets structurants portés par la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement.
Selon Abidjan.net, le président ivoirien s’est engagé à ce que les manquements soient effectivement sanctionnés et que la riposte face aux inondations soit renforcée dans les meilleurs délais.
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