Trump face à la malédiction des présidents américains en fin de cycle

The White House with autumn foliage and a vast green lawn in Washington, D.C.Photo : Tom Fisk / Pexels

Le second mandat de Donald Trump aborde une zone de turbulences politiques que la revue américaine The Atlantic qualifie de « malédiction des présidents en fin de cycle ». Selon une analyse relayée par le quotidien libanais Al Akhbar, le locataire de la Maison-Blanche voit s’éroder son capital politique à mesure que s’allonge la liste des dossiers explosifs, intérieurs comme internationaux, qui résistent à sa méthode. Le constat dressé outre-Atlantique nourrit une lecture stratégique du moment américain qui dépasse largement le périmètre de Washington.

Une présidence Trump rattrapée par l’usure du pouvoir

L’argument central de la publication américaine tient en une observation classique de la vie politique des États-Unis : les seconds mandats, ou les fins de cycle présidentiel, se transforment presque systématiquement en parcours d’obstacles. Trump n’échapperait pas à cette mécanique, en dépit d’un retour triomphal à la Maison-Blanche et d’une majorité républicaine au Congrès. Les coalitions se fissurent, les loyautés s’effritent et l’agenda législatif se heurte à des résistances internes que la discipline partisane ne suffit plus à contenir.

Cette « malédiction » a frappé la plupart des occupants du Bureau ovale depuis un demi-siècle. Richard Nixon s’est effondré sous le Watergate, Ronald Reagan a vu son aura entamée par l’Irangate, Bill Clinton a affronté la procédure d’impeachment, George W. Bush a quitté la scène plombé par la crise financière de 2008, et Barack Obama a achevé son second mandat dans une atmosphère de polarisation maximale. Le précédent passage de Trump par la Maison-Blanche, entre 2017 et 2021, s’était lui-même clos sur l’assaut du Capitole.

Polarisation intérieure et frictions républicaines

Dans la lecture américaine reprise par Al Akhbar, les premiers signaux d’essoufflement se lisent dans la gestion quotidienne du pouvoir. Le président multiplie les décrets exécutifs pour contourner les blocages, mais cette stratégie expose chaque décision à des recours judiciaires de plus en plus systématiques. Les tribunaux fédéraux, y compris des juridictions à composition conservatrice, ont suspendu plusieurs mesures phares de l’administration sur l’immigration, les droits de douane ou la réorganisation de l’appareil fédéral.

À cela s’ajoutent les tensions au sein même de la coalition Make America Great Again. Le débat sur la publication des documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein, les arbitrages budgétaires et les nominations contestées ont créé des lignes de fracture entre l’aile populiste, les conservateurs traditionnels et les milieux d’affaires alignés sur la Maison-Blanche. La perspective des élections de mi-mandat, en novembre 2026, accentue la nervosité des élus républicains qui redoutent un retour de balancier.

Une équation internationale qui se durcit

Sur le terrain extérieur, le second mandat se révèle bien plus complexe que la mise en scène triomphaliste des cent premiers jours ne le laissait penser. Le dossier ukrainien reste enlisé malgré les promesses d’un règlement rapide. Au Proche-Orient, la trêve à Gaza et la séquence diplomatique pilotée depuis Washington n’ont pas dissipé les foyers de tension régionaux, entre Liban, Syrie, Yémen et confrontation latente avec Téhéran. La rivalité avec Pékin, elle, conjugue guerre tarifaire et compétition technologique sans qu’aucune désescalade ne se dessine.

Pour les capitales du Sud global, cette fragilisation relative de la présidence américaine ouvre une fenêtre d’observation stratégique. Les chancelleries du Maghreb, du Sahel et du Golfe scrutent la capacité de l’administration à tenir ses engagements sur la durée, qu’il s’agisse de coopération sécuritaire, d’investissements dans les hydrocarbures ou de transferts technologiques. Un président contesté à domicile dispose d’une marge de manœuvre amoindrie pour arbitrer les dossiers africains et moyen-orientaux, où la concurrence russe, chinoise, turque et émiratie se fait plus pressante.

Lecture stratégique pour la rive sud

La grille de lecture proposée par The Atlantic n’est pas qu’une querelle américano-américaine. Elle invite les décideurs de la région à anticiper un cycle de décisions erratiques, marqué par des annonces spectaculaires et des reculs tactiques. Les acteurs économiques exposés au marché américain, en particulier dans les hydrocarbures, les phosphates, le textile ou les services financiers, ont intérêt à intégrer cette volatilité dans leurs scénarios de moyen terme.

Reste une inconnue majeure : la capacité du président à rebondir, comme il l’a fait à plusieurs reprises depuis 2016. La « malédiction » décrite par la presse américaine n’a rien d’une fatalité mécanique, mais elle dessine un horizon où chaque mois compte davantage que le précédent. Selon Al Akhbar, citant The Atlantic, Donald Trump entre désormais dans la phase la plus périlleuse de son retour au pouvoir.

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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