Nawaf Salam accusé de partialité pro-Beyrouth par Al Akhbar

Exterior view of a modern architectural building in Tashkent, Uzbekistan with reflective windows.Photo : Xayriddin Baxromxo'jayev / Pexels

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam se retrouve au cœur d’une passe d’armes avec le quotidien Al Akhbar, qui dénonce ce qu’il qualifie de « préférence beyrouthine » dans la gestion du pouvoir. Selon la publication, proche de l’axe de résistance et hostile au chef du gouvernement, l’ancien magistrat international serait accusé de reproduire une logique de caste au bénéfice des cercles traditionnels de la capitale, au détriment des équilibres nationaux qui structurent le pacte politique libanais depuis Taëf.

Une critique frontale du style de gouvernement de Nawaf Salam

Le procès instruit par Al Akhbar dépasse le simple registre polémique. Le journal reproche à Nawaf Salam de s’appuyer sur un réseau restreint de conseillers, d’universitaires et de hauts fonctionnaires issus d’une même bourgeoisie beyrouthine sunnite, formée dans les mêmes écoles et partageant une même sociologie. Cette homogénéité, présentée par le pouvoir comme un gage de compétence technique, est décrite par ses détracteurs comme une clôture communautaire et sociale peu compatible avec un Liban pluriel.

Le terme de « régime beyrouthin » employé par la publication n’est pas neutre. Il renvoie à un imaginaire politique dans lequel la capitale concentrerait les leviers de décision, les nominations administratives et l’accès aux bailleurs internationaux, quand les périphéries — Bekaa, Sud, Akkar, banlieue-sud — resteraient marginalisées dans les arbitrages budgétaires et sécuritaires. La charge intervient alors que le gouvernement Salam, formé en février 2025 après l’élection présidentielle de Joseph Aoun, tente de crédibiliser un agenda de réformes exigé par le Fonds monétaire international.

Le fond politique : réformes, désarmement et rapport au Hezbollah

Derrière la controverse éditoriale se joue un affrontement plus large sur la trajectoire du Liban depuis la guerre de 2024. Nawaf Salam, ancien président de la Cour internationale de justice, incarne pour ses soutiens une rupture avec la classe politique déchue par le soulèvement d’octobre 2019 et par l’effondrement financier. Son gouvernement s’est engagé à relancer les négociations avec le FMI, à restructurer un secteur bancaire sinistré et à mettre en œuvre la résolution 1701 des Nations unies dans le Sud.

Pour Al Akhbar, en revanche, cette feuille de route recouvre un alignement sur les demandes américaines et saoudiennes, notamment sur la question du monopole des armes détenues par le Hezbollah. La publication interprète les nominations récentes et les arbitrages budgétaires comme autant de signaux d’un basculement politique visant à affaiblir la représentation chiite dans l’appareil d’État. Le vocabulaire de la « préférence beyrouthine » sert alors de véhicule à une critique plus structurelle du projet gouvernemental.

Les partisans du chef du gouvernement rejettent cette lecture. Ils rappellent que le cabinet compte des ministres issus de plusieurs régions et sensibilités, et que la priorité donnée à la reconstruction du Sud dévasté par les frappes israéliennes contredit la thèse d’un exécutif tourné exclusivement vers la capitale. Ils soulignent également que la lutte contre la corruption, longtemps freinée par les grands partis confessionnels, suppose de s’appuyer sur une administration formée et sur des cadres réputés indépendants.

Un révélateur des lignes de fracture libanaises

La séquence illustre la difficulté à installer durablement un exécutif technocratique dans un pays où la légitimité politique passe encore par les appartenances communautaires et territoriales. Chaque nomination, chaque arbitrage devient un test d’équilibre. La polémique lancée par Al Akhbar cristallise ainsi une inquiétude plus vaste : celle d’un pouvoir concentré à Beyrouth, éloigné des périphéries meurtries par la guerre et par la crise économique qui, depuis 2019, a pulvérisé plus de 90 % de la valeur de la livre libanaise.

Pour Nawaf Salam, l’enjeu est autant symbolique que politique. Répondre à l’accusation de partialité géographique implique d’accélérer les nominations dans les administrations décentralisées, de flécher les aides internationales vers les zones sinistrées et de démontrer que la refondation de l’État libanais peut se conjuguer avec le respect du pluralisme régional. À défaut, le procès en « beyrouthisme » risque d’alimenter durablement la contestation d’un gouvernement dont la marge de manœuvre demeure étroite. Selon Al Akhbar, la controverse ne fait que commencer.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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