Paris relance l’idée d’une force internationale pour remplacer la FINUL

UN armored vehicles and peacekeepers patrol a busy urban street.Photo : Safi Erneste / Pexels

La France multiplie les démarches diplomatiques pour esquisser le contour d’une nouvelle force internationale susceptible de prendre le relais de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) dans le sud du pays. Selon des informations rapportées par la presse libanaise, Paris agit désormais en éclaireur auprès de partenaires européens et arabes pour tester la réceptivité d’un mécanisme de substitution, à un moment où l’architecture sécuritaire héritée de la résolution 1701 est fragilisée par la guerre menée par Israël au Liban et par les frappes qui se poursuivent malgré la trêve.

Une initiative française sur fond d’érosion de la FINUL

L’idée avancée par les autorités françaises consiste à préparer une transition ordonnée entre le contingent onusien déployé au Sud-Liban et un nouvel arrangement multinational, dont les contours restent volontairement flous à ce stade. La démarche s’inscrit dans un contexte de contestation croissante du mandat de la FINUL, à la fois par une partie de l’exécutif israélien, qui juge la force incapable d’empêcher le redéploiement du Hezbollah, et par certains acteurs libanais, qui dénoncent sa passivité face aux violations aériennes et terrestres israéliennes.

Paris, contributeur historique de la FINUL avec un contingent important au sein de la mission, cherche à préserver son rôle de puissance de référence dans le dossier libanais. La manœuvre témoigne d’une inquiétude française quant à la possibilité d’un retrait pur et simple des Casques bleus, scénario qui laisserait la frontière Israël-Liban sans mécanisme d’observation crédible. En proposant une force de substitution, l’Élysée tente d’anticiper une décision américaine ou israélienne qui pourrait précipiter la fin du mandat onusien.

Un dispositif contesté depuis la guerre de 2024

La FINUL, dont l’effectif dépasse dix mille militaires issus d’une cinquantaine de pays contributeurs, opère au sud du fleuve Litani depuis la guerre de 2006 sur la base de la résolution 1701 du Conseil de sécurité. Sa mission a été profondément ébranlée par les combats entre Israël et le Hezbollah qui ont culminé à l’automne 2024, plusieurs de ses positions ayant été directement visées par des tirs israéliens. Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en novembre 2024, la force cohabite difficilement avec l’armée libanaise, appelée à se déployer en première ligne, et avec les troupes israéliennes toujours présentes sur cinq positions en territoire libanais.

Le renouvellement du mandat, voté chaque année en août par le Conseil de sécurité, s’annonce particulièrement disputé. Washington, sous l’influence d’une administration hostile aux opérations onusiennes jugées coûteuses et peu efficaces, aurait signifié à ses partenaires européens que la reconduction n’était plus acquise. Cette perspective explique l’empressement français à proposer un plan B avant que le vide ne s’installe.

Quelle acceptabilité pour les acteurs régionaux

La faisabilité d’une force alternative se heurte à plusieurs obstacles politiques. Beyrouth reste attachée à l’ombrelle onusienne, gage de neutralité formelle et de légitimité internationale, et se montrera réticente à toute formule qui donnerait à Israël ou aux États-Unis un droit de regard élargi sur son territoire. Le Hezbollah, dont l’influence politique demeure déterminante malgré les revers militaires subis, considérera avec méfiance tout dispositif perçu comme un outil d’endiguement.

Côté israélien, les exigences porteraient sur un mandat plus robuste, autorisant des inspections poussées et un contrôle effectif de la zone frontalière, ce que ni la France ni la plupart des contributeurs potentiels n’accepteraient sans garanties politiques. Les capitales arabes sollicitées, notamment dans le Golfe, conditionneront pour leur part tout engagement à une clarification préalable du volet politique libanais, incluant l’élection présidentielle et la réforme des institutions sécuritaires.

Reste la question du financement et du commandement. Une force hors cadre onusien impliquerait une coalition ad hoc, plus souple mais aussi plus exposée aux fluctuations politiques de ses États membres. Paris devra convaincre ses partenaires que cette architecture offre davantage de garanties que la FINUL, sans quoi l’initiative risque de se heurter à un scepticisme durable. Selon Al Akhbar, les consultations françaises se poursuivent discrètement dans plusieurs capitales.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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