Le projet gazier Yakaar-Teranga, situé dans les eaux profondes sénégalaises, se retrouve à un tournant après l’annonce du retrait de Kosmos Energy. Face aux interrogations suscitées dans l’opinion et au sein de la sphère économique, la direction générale de Petrosen Holding, bras armé de l’État du Sénégal dans les hydrocarbures, a tenu à fournir des éclaircissements. L’objectif affiché est de rassurer sur la continuité d’un projet présenté comme l’une des pierres angulaires de la stratégie gazière nationale.
Un retrait contractuel, pas une rupture stratégique
Selon la mise au point livrée par le patron de Petrosen Holding, le départ de Kosmos Energy s’inscrit dans le cadre normal des clauses contractuelles régissant la coentreprise. L’opérateur américain, partenaire historique du Sénégal sur plusieurs blocs offshore, a choisi de céder ses intérêts dans Yakaar-Teranga pour se recentrer sur d’autres priorités de son portefeuille mondial. Cette décision, prise unilatéralement par la compagnie, n’emporte aucun jugement sur la viabilité du gisement lui-même.
La direction de la société publique insiste sur le fait qu’un tel mouvement n’a rien d’inédit dans l’industrie pétro-gazière. Les majors et indépendants procèdent régulièrement à des arbitrages d’actifs en fonction de leurs contraintes financières, de leurs objectifs de rendement et de leur exposition géographique. Le retrait de Kosmos doit donc être lu, selon Petrosen, comme une opération de gestion de portefeuille et non comme un signal négatif adressé au Sénégal.
Yakaar-Teranga, pilier du « Gas to Power » sénégalais
Découvert au milieu de la décennie précédente, le champ Yakaar-Teranga recèle d’importantes réserves de gaz naturel destinées prioritairement à alimenter le marché domestique. Le gisement constitue l’un des piliers de la stratégie « Gas to Power » du gouvernement, qui ambitionne de substituer le gaz aux combustibles liquides importés dans la production d’électricité. À la clé, une baisse du coût du kilowattheure, une amélioration du mix énergétique et un soutien à la compétitivité industrielle.
Le projet revêt aussi une dimension politique forte. Les autorités issues de l’alternance de 2024 ont fait de la maîtrise des ressources naturelles un marqueur de leur action publique. Toute évolution dans l’actionnariat des champs offshore est désormais scrutée à l’aune de la souveraineté économique. Dans ce contexte, la direction de Petrosen Holding s’est employée à démontrer que l’État sénégalais conserve la pleine maîtrise du calendrier et des orientations du projet, indépendamment des réajustements opérés par les partenaires privés.
Quel repreneur pour les parts cédées ?
La principale question ouverte par ce retrait concerne l’identité du futur partenaire technique appelé à se substituer à Kosmos. Petrosen Holding indique que des discussions sont en cours et qu’un processus encadré permettra de sélectionner un opérateur disposant des capacités financières et techniques requises pour mener Yakaar-Teranga jusqu’à la décision finale d’investissement. La société publique se réserve par ailleurs la possibilité de renforcer sa propre participation dans le permis, conformément à la doctrine de remontée progressive des intérêts nationaux dans les projets d’hydrocarbures.
Reste que le contexte de marché ne facilite pas la tâche. La volatilité des prix du gaz, le durcissement des conditions de financement des projets fossiles et la concurrence d’autres bassins africains, du Mozambique à la Mauritanie voisine, pèsent sur l’attractivité des nouveaux développements. Les arbitrages des majors se font plus sélectifs, et la prime au risque exigée pour investir dans des champs encore en phase de pré-développement s’est sensiblement renchérie depuis 2022.
Concrètement, la mise au point du directeur général de Petrosen Holding poursuit un double objectif : couper court aux interprétations alarmistes et envoyer un signal de stabilité aux investisseurs internationaux qui suivent le bassin MSGBC. La feuille de route reste, à l’entendre, intacte, avec une priorité donnée à la sécurisation de l’approvisionnement gazier domestique. Les prochaines semaines diront si ces assurances se traduisent par l’arrivée d’un nouveau partenaire de premier plan. Selon Seneweb.
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