Côte d’Ivoire : des tensions internes ébranlent le RHDP de Ouattara

Contemporary cityscape of Abidjan featuring high-rise buildings by the waterfront under overcast skies.Photo : Jean Marc Bonnel / Pexels

En Côte d’Ivoire, le parti présidentiel donne des signes de tension malgré une domination électorale écrasante. Le RHDP, formation d’Alassane Ouattara, contrôle environ les trois quarts de l’Assemblée nationale depuis les législatives organisées à la fin de l’année 2025. Cette majorité confortable masque pourtant des frictions qui remontent à la surface, à mesure que les arbitrages internes laissent des cadres et des militants sur le bord du chemin. Les mesures disciplinaires prononcées ces dernières semaines contre des candidats jugés dissidents alimentent l’idée d’une crise larvée au sommet de l’appareil houphouëtiste.

Une majorité écrasante, des dissidences persistantes

Le scrutin législatif de fin 2025 a consacré la suprématie parlementaire du RHDP, mais il a aussi mis en lumière des candidatures parallèles, présentées hors de l’investiture officielle. Plusieurs militants, écartés des listes validées par la direction, ont choisi de se lancer en indépendants, parfois avec succès. Ce phénomène, classique dans les partis hégémoniques d’Afrique de l’Ouest, prend en Côte d’Ivoire une dimension particulière, car il intervient dans un calendrier politique sensible, marqué par la perspective des prochaines échéances locales et par le débat sur la succession à terme du président Ouattara.

La réponse de l’état-major n’a pas tardé. Des sanctions disciplinaires ont visé les contrevenants à la discipline de parti, certains se voyant écartés de leurs responsabilités internes. Pour la direction, l’enjeu est clair : préserver la cohésion d’une formation qui demeure la principale force politique du pays, face à un Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) en reconstruction et à un Parti des peuples africains de Côte d’Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo qui cherche son second souffle.

La sortie d’Adjoumani, révélateur d’un malaise

La controverse a pris une nouvelle ampleur avec une déclaration du porte-parole du RHDP, Kobenan Kouassi Adjoumani, par ailleurs ministre. Sa formule, perçue comme un avertissement adressé aux éléments rétifs de la base militante, a été largement commentée dans la presse ivoirienne. Elle traduit, selon plusieurs observateurs, l’agacement d’une direction confrontée à une indiscipline croissante et à des ambitions personnelles qui peinent à s’aligner sur la ligne fixée en haut lieu.

Cette séquence intervient alors que le RHDP doit gérer le double défi de la consolidation du pouvoir présidentiel et de la préparation de l’après-Ouattara. Le chef de l’État, réélu en octobre 2025 pour un nouveau mandat, n’a pas tranché publiquement la question de sa succession au sein du parti. Cette indétermination nourrit les positionnements précoces et les rivalités entre courants, qu’il s’agisse des héritiers historiques du Rassemblement des républicains (RDR), des transfuges du PDCI ralliés au pouvoir, ou de la nouvelle génération technocratique issue des gouvernements successifs.

Un test pour la gouvernance interne du parti

Pour les analystes politiques d’Abidjan, le RHDP n’en est pas à sa première crise de discipline. Le parti a déjà absorbé des départs marquants par le passé, à commencer par celui de Guillaume Soro et, plus récemment, par les recompositions consécutives au retour de Laurent Gbagbo dans le jeu politique. Reste que la situation actuelle se distingue par sa simultanéité : sanctions, prises de parole musclées et frustrations exprimées par des militants se télescopent dans un calendrier resserré.

L’enjeu dépasse la seule mécanique partisane. La capacité du RHDP à gérer ses divergences internes conditionne la stabilité de la majorité parlementaire et, partant, la fluidité de l’agenda législatif du gouvernement. Plusieurs réformes annoncées, dans les domaines fiscal, foncier et sécuritaire, exigent une cohésion sans faille au sein du groupe parlementaire. Une fronde, même limitée, pourrait compliquer leur adoption et offrir une caisse de résonance à l’opposition.

À ce stade, la direction du parti maintient un discours d’unité et minimise l’ampleur des tensions. Mais la multiplication des signaux convergents, des sanctions aux mises en garde publiques, suggère que l’équation interne du RHDP est plus complexe qu’elle ne le paraît au regard de son poids parlementaire. Selon RFI Afrique, ces frictions s’amplifient à mesure que les échéances politiques se rapprochent.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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