Liban : les réservations de l’Aïd al-Adha plombées par la guerre

Captured view of Beirut's skyline with the Lebanese flag during sunset, showcasing urban architecture.Photo : Jo Kassis / Pexels

Le secteur touristique libanais aborde la fête de l’Aïd al-Adha dans un climat dégradé. Les professionnels du Liban font état de réservations limitées, très inférieures aux volumes habituellement enregistrés à cette période de l’année, en raison de la poursuite des hostilités et du climat d’incertitude qui pèse sur le pays. Hôteliers et restaurateurs constatent une fréquentation atone, alors que la fête religieuse constitue traditionnellement l’un des temps forts de l’activité estivale, aux côtés de l’Aïd al-Fitr et de la saison des expatriés.

Une saison touristique étranglée par le conflit

La guerre qui se prolonge dans le sud du Liban et l’environnement régional volatil dissuadent les voyageurs. Les compagnies aériennes ont réduit certaines liaisons vers Beyrouth et les assureurs maintiennent des avertissements défavorables sur la destination, ce qui réduit mécaniquement les arrivées. Les ressortissants libanais établis à l’étranger, traditionnellement moteurs de la consommation festive, hésitent à programmer un retour en raison des risques sécuritaires et de la difficulté à anticiper l’évolution du front.

Les professionnels interrogés évoquent un taux d’occupation hôtelier nettement en retrait par rapport aux années antérieures à octobre 2023. Les établissements de la capitale, ceux du littoral nord et les stations de montagne sont touchés à des degrés divers, les zones perçues comme éloignées des opérations militaires limitant un peu mieux la casse. Reste que l’effet d’entraînement habituel de l’Aïd, qui se traduit d’ordinaire par une explosion de la demande dans la restauration et le commerce de détail, n’opère pas cette année.

Un tissu économique en tension

Le tourisme représente un pilier traditionnel de l’économie libanaise, longtemps crédité d’une contribution proche de 20 % au produit intérieur brut avant la cascade de crises ouverte en 2019. Effondrement monétaire, faillite bancaire de fait, explosion du port de Beyrouth en août 2020 puis guerre régionale ont successivement amputé les recettes en devises du pays. Dans ce contexte, chaque saison touristique manquée pèse lourdement sur la balance des paiements et sur la trésorerie d’un secteur déjà fragilisé.

Les acteurs du secteur soulignent la difficulté à maintenir l’emploi dans un environnement où les charges, exprimées en dollars pour une part croissante, continuent de progresser pendant que les revenus stagnent. Plusieurs établissements ont fait le choix de fonctionner en effectifs réduits durant la période, quitte à perdre des parts de marché auprès d’une clientèle aisée susceptible de se reporter sur Chypre, l’Égypte ou les Émirats arabes unis. Concrètement, la concurrence régionale tire profit de la défiance qui entoure la destination Liban.

Des perspectives suspendues à l’évolution diplomatique

L’horizon du secteur dépend largement des évolutions sur le terrain et de la trajectoire des discussions diplomatiques visant à stabiliser la frontière sud. Les opérateurs touristiques espèrent qu’une désescalade, même partielle, permettrait de récupérer une partie de la saison estivale et de relancer les flux d’expatriés attendus en juillet et en août. Dans le même temps, ils plaident pour un soutien public ciblé, qu’il s’agisse d’allègements fiscaux temporaires ou d’aides à la promotion à l’international, afin de préserver les capacités productives du secteur.

Par ailleurs, la question de la confiance dépasse le seul cadre touristique. La faiblesse des réservations de l’Aïd al-Adha agit comme un baromètre du climat général : tant que la perception sécuritaire ne s’améliore pas, ni les investisseurs étrangers ni la diaspora ne renoueront avec des projets de long terme. Les professionnels redoutent qu’une saison blanche supplémentaire n’accélère la fermeture définitive d’établissements déjà fragilisés par cinq années de crise ininterrompue.

Reste un constat partagé par les opérateurs : sans cessation durable des hostilités, le redressement du tourisme libanais demeurera hors de portée, quels que soient les efforts commerciaux déployés. Selon Al Akhbar, la guerre continue de dicter le tempo d’un secteur jadis considéré comme la vitrine économique du pays.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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