Transport aérien : les syndicats sénégalais tirent la sonnette d’alarme

A commercial airplane preparing for takeoff on a sunny day at the airport.Photo : Andrew Cutajar / Pexels

Le transport aérien sénégalais traverse une zone de turbulences qui inquiète ses partenaires sociaux. Les syndicats du secteur ont lancé un appel public pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur les fragilités opérationnelles, sociales et financières qui menacent, selon eux, la viabilité du pavillon national et de l’écosystème aéroportuaire. Cette sortie marque un durcissement du dialogue social dans une filière stratégique pour Dakar, qui ambitionne depuis plusieurs années de s’imposer comme hub régional en Afrique de l’Ouest.

Une mobilisation syndicale qui révèle des fragilités structurelles

Les représentants des travailleurs du transport aérien pointent un faisceau de difficultés cumulées. La gouvernance des entreprises publiques du secteur, les arriérés salariaux signalés dans certaines structures, l’incertitude entourant la flotte et les retards d’investissement composent une équation jugée intenable. À leurs yeux, la situation appelle une réponse politique de haut niveau, au-delà des arbitrages techniques habituels du ministère de tutelle.

Cette alerte s’inscrit dans un environnement déjà éprouvé par les séquelles de la crise sanitaire, la flambée du carburant aviation et la concurrence accrue des transporteurs du Golfe et du Maghreb sur les liaisons africaines. Le pavillon sénégalais, héritier d’une longue tradition aéronautique remontant à Air Afrique, peine à consolider un modèle économique pérenne malgré la position géographique privilégiée de Dakar, point de bascule entre l’Europe, l’Amérique et l’Afrique subsaharienne.

Air Sénégal et l’écosystème aéroportuaire au cœur des tensions

Au centre des préoccupations syndicales figure la situation d’Air Sénégal, compagnie nationale dont la trajectoire financière a été ponctuée de difficultés récurrentes depuis son lancement opérationnel en 2018. Les organisations professionnelles dénoncent une stratégie qu’elles jugent erratique, marquée par des suspensions de lignes, des immobilisations d’appareils et des décisions de gestion contestées. Reste que le sort de la compagnie engage bien plus que ses propres salariés : il conditionne l’activité des sous-traitants aéroportuaires, des prestataires de handling et des services de maintenance basés à l’Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD).

Les syndicats insistent également sur la nécessité de clarifier la feuille de route du nouveau gouvernement pour le secteur. Depuis l’alternance politique de mars 2024, les acteurs attendent une vision consolidée intégrant la compagnie nationale, l’aéroport principal, les plateformes régionales et les services de navigation aérienne. Sans ce cadrage, préviennent-ils, les arbitrages au coup par coup continueront d’éroder la compétitivité d’un écosystème déjà sous pression.

Un enjeu de souveraineté et de connectivité régionale

Au-delà du social, le dossier comporte une dimension géostratégique. Le transport aérien constitue un levier majeur de la diplomatie économique sénégalaise, à l’heure où Dakar développe son tourisme d’affaires, ses infrastructures portuaires et son hub gazier. Une connectivité aérienne dégradée pénaliserait directement les ambitions du pays en matière d’attractivité, d’export et de mobilité intra-africaine, particulièrement dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Les syndicats appellent par ailleurs à une concertation tripartite associant l’État actionnaire, les directions générales et les partenaires sociaux. Ils plaident pour un audit transparent des comptes des entreprises du secteur et pour la définition d’indicateurs de performance partagés. Dans le même temps, la question du dimensionnement de la flotte, du choix des routes prioritaires et du positionnement face aux concurrents marocains, éthiopiens et ouest-africains reste à trancher.

Concrètement, les acteurs publics se trouvent désormais sommés de répondre à une demande de visibilité formulée par ceux qui font tourner quotidiennement la machine aérienne. Le silence prolongé pourrait, selon les syndicats, déboucher sur des mouvements sociaux susceptibles de perturber l’exploitation à l’approche de la haute saison touristique. À Dakar, l’arbitrage attendu portera autant sur la santé financière d’Air Sénégal que sur la cohérence d’ensemble d’une politique aérienne nationale en quête de cap. Selon Seneweb, les organisations syndicales du transport aérien réclament une réaction rapide des autorités pour préserver l’avenir de la filière.

Pour aller plus loin

Dakar : le gouverneur somme les occupants illégaux des autoponts · Afrique : un déficit d’infrastructures chiffré à 170 milliards par an · Cameroun : 130,4 milliards FCFA débloqués pour la route Ebolowa-Kribi

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About the Author

Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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