Au Cameroun, la Sonamines se positionne pour racheter 100% des stocks d’or accumulés par les bureaux d’achats opérant sur le territoire national. Cette ambition, portée par la direction générale de la société publique, marque une nouvelle étape dans la reprise en main de la filière aurifère par l’État. Elle s’inscrit dans le prolongement de la réforme du code minier de 2016, qui avait déjà confié à la structure un rôle pivot dans la commercialisation des substances précieuses extraites du sous-sol camerounais.
La Société nationale des mines, créée pour succéder au Capam, dispose d’un mandat clair : centraliser la collecte de l’or artisanal, sécuriser la part régalienne due au Trésor et professionnaliser un secteur largement informel. Jusqu’ici, une portion significative de la production échappait aux circuits officiels, transitant par les frontières orientales du pays vers des places de négoce régionales. En affichant sa capacité financière à absorber l’ensemble des stocks disponibles, l’opérateur public entend tarir ces canaux parallèles.
Une stratégie de centralisation pour endiguer la contrebande
Le dispositif repose sur une logique simple : offrir aux bureaux d’achats agréés un débouché unique, fiable et compétitif. Ces intermédiaires, qui collectent l’or auprès des coopératives et des orpailleurs artisanaux dans les régions de l’Est, de l’Adamaoua et du Sud, se voient proposer une contrepartie immédiate pour leurs stocks. La Sonamines mise sur la régularité de ses paiements et sur la conformité réglementaire de ses transactions pour devenir l’acheteur de référence.
La filière aurifère camerounaise demeure dominée par l’exploitation artisanale et semi-mécanisée. Selon les évaluations sectorielles disponibles, plusieurs tonnes d’or sont produites chaque année sur le territoire, mais une fraction limitée seulement parvient effectivement dans les caisses publiques. Les pouvoirs publics estiment qu’un acheteur unique permettrait de remonter cette part déclarée et, par ricochet, d’accroître les redevances minières perçues par l’État. La société publique encaisse à ce titre une part régalienne de 15% sur la production d’or artisanal mécanisé, fixée par la réglementation.
Recettes publiques et constitution de réserves stratégiques
Au-delà du contrôle de la chaîne d’approvisionnement, le rachat intégral des stocks répond à un objectif macroéconomique. L’or constitue désormais une classe d’actifs recherchée par les banques centrales africaines soucieuses de diversifier leurs réserves et de réduire leur exposition aux devises occidentales. La Sonamines, en consolidant un stock physique conséquent, pourrait à terme alimenter une politique de constitution de réserves stratégiques ou alimenter des opérations de raffinage sur le continent.
Le Cameroun observe avec attention les initiatives voisines. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont engagé des réformes visant à renforcer la part de l’État dans les revenus aurifères, tandis que des projets de raffineries nationales se multiplient en Afrique de l’Ouest et centrale. À Yaoundé, la perspective d’une montée en puissance de la filière s’accompagne de discussions récurrentes sur l’opportunité d’une unité de raffinage locale, qui permettrait de capter davantage de valeur ajoutée avant exportation.
Des défis opérationnels persistants
Reste que l’ambition affichée par la société publique se heurte à plusieurs réalités du terrain. La concurrence des acheteurs informels, souvent mieux disants en numéraire et plus réactifs, demeure vive dans les zones aurifères de l’Est camerounais. La présence d’opérateurs étrangers, notamment chinois, dans l’exploitation semi-mécanisée complique également le traçage des flux. Pour s’imposer comme acheteur unique, la Sonamines devra démontrer sa capacité à mobiliser une trésorerie suffisante et à déployer un maillage territorial adapté.
La traçabilité du métal jaune constitue un autre enjeu majeur. Les exigences internationales en matière de lutte contre le blanchiment et de devoir de vigilance imposent désormais aux acheteurs de documenter rigoureusement l’origine des lots. Une centralisation par l’opérateur public pourrait, sur ce plan, simplifier les procédures de certification et faciliter l’accès des lingots camerounais aux raffineries certifiées par le London Bullion Market Association.
L’opération, si elle se concrétise à grande échelle, redessinera la cartographie de la filière aurifère nationale et renforcera le poids du Cameroun parmi les producteurs d’or d’Afrique centrale. Selon Financial Afrik.
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