Ambatovy redémarre à Madagascar après le passage du cyclone Gezani

Old mining structures on a rugged mountain slope, showcasing industrial decay.Photo : Francesco Ungaro / Pexels

Le géant minier Ambatovy a confirmé le redémarrage progressif de ses installations à Madagascar, mettant fin à un arrêt de plus de trois mois consécutif au passage du cyclone Gezani. Le site, situé dans la région d’Atsinanana, exploite l’un des plus importants gisements de nickel et de cobalt de l’océan Indien. Sa remise en route constitue un signal industriel majeur pour la Grande Île, où le complexe pèse à lui seul une part significative des exportations nationales.

L’interruption avait suivi les ravages provoqués par le cyclone, qui a endommagé certaines infrastructures critiques de l’usine et du pipeline reliant la mine de Moramanga à la zone portuaire de Toamasina. La direction d’Ambatovy parle d’une relance graduelle, sans communiquer pour l’instant de calendrier précis quant au retour à pleine capacité. Ce phasage prudent traduit l’ampleur des réparations engagées et la complexité technique d’un site qui combine extraction, transport par minéroduc et raffinage hydrométallurgique.

Un redémarrage minier sous contrainte climatique

La séquence rappelle la vulnérabilité structurelle des grands sites extractifs malgaches face aux aléas climatiques. Madagascar figure parmi les pays les plus exposés aux cyclones tropicaux de l’hémisphère sud, et chaque saison cyclonique se traduit par des arrêts coûteux pour les opérateurs industriels. Pour Ambatovy, dont les installations couvrent plusieurs centaines de kilomètres entre le plateau central et la côte est, l’exposition est démultipliée par l’étirement géographique de la chaîne de production.

Au-delà des dégâts matériels, l’arrêt prolongé pèse sur la trésorerie d’un projet déjà fragilisé par plusieurs années de résultats financiers décevants. Le complexe, dont le coût initial avait dépassé huit milliards de dollars, n’a jamais véritablement atteint ses objectifs de rentabilité depuis son démarrage commercial. Les épisodes d’interruption forcée, qu’ils soient liés à des incidents techniques ou à des catastrophes naturelles, fragilisent un modèle économique déjà tendu.

Un marché mondial du nickel sous pression indonésienne

La reprise intervient dans une conjoncture particulièrement défavorable pour les producteurs traditionnels. Le marché mondial du nickel est aujourd’hui submergé par l’offre indonésienne, dopée par des investissements chinois massifs dans la filière des fontes de nickel et du sulfate destiné aux batteries. Cette vague a fait chuter les cours et marginalise progressivement les sites à coûts de production élevés, dont Ambatovy fait partie.

Le cobalt, coproduit du site malgache, n’offre qu’un répit partiel. Les prix de ce métal stratégique pour la transition énergétique restent loin de leurs sommets atteints en 2022, en raison d’une demande automobile mondiale moins dynamique qu’anticipé et d’une concurrence soutenue de la République démocratique du Congo. Pour les opérateurs malgaches, l’équation économique se réduit à une course aux coûts, dans un secteur où la marge de manœuvre s’amenuise trimestre après trimestre.

Le retrait de l’actionnaire historique rebat les cartes

Cette relance industrielle s’inscrit également dans un contexte capitalistique mouvementé. L’actionnaire historique du projet s’est désengagé au mois de mai, transférant ses parts dans des conditions qui laissent ouvertes plusieurs interrogations sur la trajectoire stratégique du site. Ce retrait acte la lassitude des investisseurs internationaux face à un actif jugé structurellement déficitaire, et reporte sur les partenaires restants la charge des arbitrages industriels à venir.

Pour les autorités malgaches, l’enjeu dépasse la seule métallurgie. Ambatovy reste l’un des principaux employeurs privés du pays et un contributeur fiscal de premier plan. Un ralentissement durable du site aurait des répercussions immédiates sur les recettes d’exportation et sur l’écosystème de sous-traitance qui s’est développé autour de la mine. À court terme, la priorité affichée par l’opérateur est de stabiliser la production avant d’envisager toute hausse des volumes. À moyen terme, c’est la viabilité même du projet qui se trouve en question, sur fond de surcapacités mondiales et de pression environnementale croissante.

Selon RFI Afrique, la reprise effective des opérations doit encore se confirmer dans les prochaines semaines, à mesure que les équipes techniques achèvent les opérations de remise en état.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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