Cisjordanie : le système de santé palestinien au bord de l’asphyxie

An emergency worker in an orange vest prays on a street in Gaza, depicting a moment of faith amidst turmoil.Photo : Musa Alzanoun | موسى الزعنون / Pexels

Le système de santé palestinien en Cisjordanie occupée traverse une zone de turbulences telle que ses responsables ont choisi de rompre le silence diplomatique. Réunis à Ramallah le 9 juin, les ministères des Affaires étrangères et de la Santé de l’Autorité palestinienne ont convoqué chancelleries étrangères et presse internationale pour décrire un secteur médical à bout de souffle. En cause, la rétention par Israël, depuis quinze mois, des recettes fiscales collectées pour le compte de l’Autorité, mécanisme prévu par les accords d’Oslo et désormais transformé en levier de pression politique.

Une étranglement budgétaire qui se répercute sur les patients

Les transferts fiscaux retenus par l’État hébreu constituent l’essentiel des ressources propres du gouvernement palestinien. Leur gel prolongé prive Ramallah des moyens nécessaires pour honorer les salaires des soignants, régler ses fournisseurs et maintenir l’approvisionnement des hôpitaux publics. Les directions hospitalières signalent des ruptures récurrentes de médicaments, des reports d’interventions chirurgicales et une dégradation des conditions de prise en charge des malades chroniques. Les patients atteints de cancer ou nécessitant une dialyse figurent parmi les premières victimes de cette pénurie organisée.

La situation se traduit aussi par une fragilisation du dispositif de soins de longue durée. Faute de trésorerie, l’Autorité ne peut plus rembourser dans les délais les établissements de Jérusalem-Est, ni honorer les conventions passées avec des hôpitaux jordaniens et égyptiens qui accueillent traditionnellement les cas complexes. Plusieurs structures menacent de suspendre l’accueil des patients palestiniens, ce qui reviendrait à fermer la dernière soupape d’un système saturé. Les soignants en poste, eux, perçoivent une fraction seulement de leurs émoluments depuis le début de la crise, alimentant un mouvement d’épuisement professionnel.

Une crise sanitaire indissociable du contexte politique

Les autorités palestiniennes lient explicitement l’effondrement annoncé du secteur médical aux décisions du cabinet israélien, qui justifie la rétention des fonds par des considérations sécuritaires liées au conflit à Gaza. Pour Ramallah, cette politique constitue une sanction collective frappant une population civile déjà confrontée à la multiplication des opérations militaires en Cisjordanie depuis octobre 2023. Les ministres palestiniens ont demandé aux représentations diplomatiques présentes de relayer auprès de leurs capitales l’urgence d’une intervention politique pour débloquer les transferts.

La démarche s’inscrit dans une offensive diplomatique plus large. L’Autorité palestinienne tente depuis plusieurs mois de convaincre ses partenaires européens et arabes que la viabilité de ses institutions conditionne toute perspective politique d’après-guerre. Sans appareil administratif fonctionnel, sans hôpitaux opérationnels, sans capacité à payer ses fonctionnaires, la perspective d’une gouvernance palestinienne crédible, susceptible d’assumer un rôle élargi y compris à Gaza, s’éloigne. Plusieurs chancelleries occidentales partagent ce diagnostic mais peinent à infléchir la position de Tel-Aviv.

Des bailleurs internationaux sollicités en urgence

Face au vide budgétaire, les responsables palestiniens multiplient les appels aux bailleurs traditionnels. L’Union européenne, principale source d’aide extérieure depuis trois décennies, a débloqué plusieurs tranches de soutien direct, mais ces apports ne compensent pas la perte des recettes douanières. Les monarchies du Golfe, sollicitées, conditionnent leur engagement à des réformes de gouvernance et à des garanties sur l’usage des fonds. Le Fonds monétaire international a estimé que l’écart de financement de l’Autorité atteignait désormais un niveau incompatible avec la poursuite normale des services publics.

Sur le terrain, les ONG médicales internationales tentent de pallier les défaillances les plus criantes en livrant des consommables et en finançant des missions chirurgicales ponctuelles. Médecins sans frontières, le Comité international de la Croix-Rouge et plusieurs structures onusiennes ont renforcé leur présence en Cisjordanie au cours des derniers mois. Reste que ces interventions, par nature ponctuelles, ne sauraient se substituer durablement à un appareil hospitalier public structuré. Les responsables palestiniens redoutent un point de bascule à partir duquel les pertes de compétences et la fuite des personnels qualifiés deviendront irréversibles.

La prochaine échéance budgétaire de l’Autorité palestinienne et les contacts diplomatiques prévus dans les semaines à venir détermineront la capacité du système de santé à tenir, ou non, jusqu’à l’automne. Selon RFI Moyen-Orient.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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