La menace des mines et des munitions non explosées au Liban-Sud s’impose désormais comme l’un des principaux fronts humanitaires ouverts par la dernière guerre israélienne. Selon les données compilées par la presse libanaise, 57 personnes ont été tuées ou blessées depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, victimes d’engins explosifs disséminés dans les vergers, les décombres et les abords des localités frontalières. La quasi-totalité des personnes touchées sont des civils rentrés chez eux après des mois de déplacement.
Le phénomène concentre l’essentiel de ses effets sur une bande d’une trentaine de kilomètres longeant la Ligne bleue. Les municipalités de Bint Jbeil, de Marjeyoun et de la région de Tyr figurent parmi les plus durement éprouvées. Agriculteurs revenant surveiller leurs cultures, ouvriers déblayant les ruines de maisons pulvérisées, enfants attirés par des objets métalliques inhabituels : le profil des blessés dessine une géographie précise du danger, celle du retour contraint dans un territoire encore saturé de restes explosifs de guerre.
Une contamination héritée de la guerre de 2024
La campagne militaire israélienne menée à l’automne 2024 contre les positions du Hezbollah a laissé derrière elle un volume considérable de munitions défaillantes. Bombes aériennes n’ayant pas fonctionné à l’impact, obus d’artillerie fichés dans les sols agricoles, sous-munitions dispersées par des armes à effet de zone : les équipes de déminage libanaises et internationales font état d’un spectre d’engins particulièrement diversifié. Les organisations spécialisées estiment que le taux de défaillance des armes larguées peut atteindre 10 à 30 %, ce qui laisse mécaniquement des dizaines de milliers de charges actives sur le terrain.
À cette contamination récente s’ajoute un passif ancien. Le Sud-Liban n’a jamais été totalement débarrassé des sous-munitions à fragmentation larguées lors de la guerre de juillet 2006, et certaines zones agricoles demeurent balisées depuis près de deux décennies. Les opérateurs de déminage soulignent que les campagnes successives compliquent la cartographie des risques et allongent d’autant les délais de restitution des terres à leurs propriétaires.
Un dispositif de dépollution sous tension budgétaire
Le Centre libanais d’action contre les mines (LMAC), placé sous l’autorité de l’armée, coordonne les opérations avec l’appui de plusieurs organisations non gouvernementales internationales et des contingents de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Or, la crise financière qui ronge l’État libanais depuis 2019 asphyxie ce dispositif. Les équipements de détection, les tenues de protection et les indemnités des démineurs dépendent presque intégralement de bailleurs étrangers, dont l’engagement fluctue au gré des priorités humanitaires régionales.
Concrètement, la superficie à traiter dépasse largement les capacités opérationnelles disponibles. Les responsables du secteur évoquent des délais de plusieurs années, voire d’une décennie, pour ramener le Liban-Sud à un niveau de sécurité comparable à celui d’avant l’automne 2024. Chaque hectare non traité représente une entrave directe à la reprise agricole, dans une région où l’oléiculture, le tabac et l’arboriculture constituent le socle économique.
Un enjeu de souveraineté et de reconstruction
Au-delà du drame humain, la question des restes explosifs cristallise un enjeu politique. Le retour effectif des populations déplacées, condition posée par les autorités libanaises pour normaliser la vie dans la zone frontalière, dépend directement de la vitesse de dépollution. Les municipalités du Sud réclament un plan d’urgence coordonné entre l’armée, la FINUL et les partenaires internationaux, doublé d’un mécanisme d’indemnisation des victimes civiles.
La question de la responsabilité de la puissance ayant utilisé ces armes est également soulevée par plusieurs acteurs de la société civile libanaise, qui invoquent les obligations découlant du droit international humanitaire en matière de restes explosifs de guerre. Reste que, sur le terrain, la priorité demeure opérationnelle : identifier, baliser et neutraliser les charges avant qu’elles ne fassent de nouvelles victimes. Selon Al Akhbar.
Pour aller plus loin
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