La course à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) prend un tour résolument mondial. La candidate mauritanienne Coumba Bâ met désormais le cap sur l’Asie du Sud-Est, une région où plusieurs États entretiennent des liens historiques ou institutionnels avec l’espace francophone. Cette inflexion géographique traduit une stratégie assumée : convaincre au-delà du continent africain, dont Nouakchott espérait initialement faire son socle de soutien naturel.
Un pivot asiatique pour élargir la base électorale
Le Vietnam, le Cambodge et le Laos figurent parmi les membres de plein exercice de l’OIF, tandis que la Thaïlande dispose d’un statut d’observateur. Ces pays composent un bloc discret mais influent au sein des instances francophones, souvent courtisé lors des scrutins internes. En orientant sa tournée vers cette zone, la Dr Coumba Bâ cherche à sécuriser des voix parfois négligées par les autres prétendants, plus focalisés sur les capitales africaines et européennes. La démarche s’inscrit dans une logique classique de diplomatie électorale : additionner les soutiens là où la compétition demeure moins saturée.
L’enjeu dépasse la simple arithmétique. L’Asie francophone représente un relais économique et culturel majeur pour l’organisation, notamment à travers ses programmes éducatifs, ses initiatives d’appui à la langue française et ses partenariats universitaires. En s’y présentant comme une interlocutrice attentive, la candidate mauritanienne entend démontrer sa capacité à porter une vision globale de la Francophonie, distincte d’une lecture strictement afro-centrée du poste.
Le profil d’une candidate portée par Nouakchott
Diplomate expérimentée, Coumba Bâ est officiellement soutenue par les autorités mauritaniennes, qui voient dans cette candidature l’occasion de renforcer le rayonnement diplomatique du pays. La Mauritanie, membre historique de l’OIF, articule depuis plusieurs années une politique extérieure attentive aux plateformes multilatérales, entre Union africaine, Ligue arabe et Francophonie. Porter une candidate au sommet de l’OIF s’inscrit dans cette trajectoire d’affirmation.
La sortante Louise Mushikiwabo, ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères, arrive au terme de son second mandat. Sa succession attise les convoitises et plusieurs candidatures africaines se sont d’ores et déjà positionnées. Dans ce paysage concurrentiel, la démarche mauritanienne se distingue par une méthode : quadriller méthodiquement les zones géographiques francophones, y compris celles où les campagnes traditionnelles investissent peu de moyens.
Une élection décisive pour l’avenir de l’OIF
Le prochain secrétaire général héritera d’une organisation confrontée à des défis structurels. La question de la place de la langue française dans les instances internationales, la concurrence de l’anglais dans les systèmes éducatifs africains, l’essoufflement budgétaire de certains programmes et les tensions politiques traversant l’espace francophone – notamment au Sahel – pèsent sur l’agenda. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont pris leurs distances avec plusieurs organisations multilatérales, y compris francophones, redessinant la carte diplomatique de la région.
Face à ces recompositions, la nouvelle direction de l’OIF devra clarifier son positionnement politique. Doit-elle privilégier la fermeté sur les questions de gouvernance démocratique, quitte à se couper d’États membres, ou maintenir un dialogue élargi pour préserver l’unité de l’espace francophone ? Ce débat, en filigrane de tous les échanges de campagne, structure la réflexion des chancelleries appelées à voter.
Pour Coumba Bâ, le déplacement en Asie du Sud-Est constitue également un test de crédibilité. Convaincre des partenaires géographiquement éloignés du bassin africain suppose d’articuler un discours qui parle autant à Hanoï qu’à Phnom Penh ou Vientiane, en dépassant les seules références sahéliennes. La candidate joue là une part importante de sa légitimité internationale, à quelques mois d’un scrutin dont l’issue reste incertaine.
Selon Abidjan.net, la tournée asiatique s’inscrit dans un calendrier de campagne dense mené par l’équipe de la candidate mauritanienne.
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