La plainte visant Gianni Infantino, président de la Fédération internationale de football association (FIFA) depuis 2016, a trouvé un premier écho institutionnel du côté du Comité international olympique (CIO). L’instance, gardienne du mouvement olympique et interlocutrice historique des fédérations sportives mondiales, a fait connaître sa position sur ce dossier sensible qui agite les couloirs de Zurich et les rédactions spécialisées. Sa réponse, mesurée, renvoie le litige aux mécanismes internes du football mondial plutôt qu’à un arbitrage extérieur.
Le CIO renvoie la FIFA à ses propres mécanismes de gouvernance
La position exprimée par le CIO se fonde sur un principe cardinal du sport international : l’autonomie des fédérations. Chaque organisation faîtière dispose de ses propres organes disciplinaires, éthiques et statutaires, et le comité basé à Lausanne n’a pas vocation à s’y substituer. Concrètement, une plainte contre un dirigeant fédéral doit d’abord être instruite au sein de la structure concernée, en l’occurrence la commission d’éthique de la FIFA.
Cette lecture n’a rien d’inédit. Le CIO a régulièrement rappelé, ces dernières années, qu’il ne pouvait intervenir qu’en cas de manquement grave aux principes de la Charte olympique ou lorsqu’une fédération se trouve dans l’incapacité manifeste de traiter un dossier. Pour l’heure, aucun de ces seuils n’a été franchi concernant le patron du football mondial. La procédure devra donc suivre son cours dans l’écosystème de la FIFA, dont les règles internes prévoient plusieurs paliers de recours.
Gianni Infantino, une présidence sous surveillance permanente
Depuis son accession à la tête de la FIFA après la chute de Joseph Blatter, l’ancien secrétaire général de l’UEFA fait l’objet d’une attention critique constante. Élu en 2016 dans un contexte de crise ouverte par le scandale du FIFAgate, il s’est employé à repositionner l’institution, avec une stratégie commerciale offensive, une expansion des compétitions et un rapprochement diplomatique assumé avec plusieurs puissances hôtes de tournois majeurs. Cette trajectoire lui a valu autant de soutiens que de contestations.
Les plaintes visant sa gouvernance ne sont pas une nouveauté. Par le passé, des enquêtes ont été ouvertes en Suisse concernant ses relations avec les autorités judiciaires helvétiques, sans déboucher sur une mise en cause pénale. Chaque nouveau signalement est cependant scruté à la loupe, tant la FIFA reste un objet politique et économique global, dont les décisions engagent des dizaines de milliards de dollars de droits télévisés, de sponsoring et d’infrastructures.
Un signal politique pour la gouvernance du sport mondial
La prise de position du CIO comporte une dimension qui dépasse le seul cas Infantino. En refusant de s’immiscer, l’organisation présidée par Kirsty Coventry, qui a succédé à Thomas Bach en 2025, réaffirme la doctrine de subsidiarité entre le mouvement olympique et les fédérations internationales. Cette doctrine protège l’autonomie du sport, mais elle expose aussi ces fédérations à la critique lorsque leurs procédures internes paraissent insuffisamment indépendantes.
Pour les fédérations africaines et moyen-orientales, souvent parties prenantes des équilibres politiques au sein de la FIFA, le message est double. D’un côté, la stabilité institutionnelle actuelle de Zurich n’est pas menacée par un arbitrage extérieur. De l’autre, la pression réputationnelle sur le président sortant reste réelle, à l’heure où le Maroc s’apprête à co-organiser la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal, et où l’Arabie saoudite prépare l’édition 2034. Ces échéances placent la crédibilité de la gouvernance du football mondial au cœur d’enjeux géopolitiques et financiers considérables.
Reste que la ligne défendue par Lausanne pourrait évoluer si de nouveaux éléments venaient étayer la plainte, ou si les organes internes de la FIFA se montraient incapables de la traiter dans un délai raisonnable. Pour l’instant, la balle est renvoyée dans le camp de la fédération, sous le regard attentif des sponsors, des confédérations continentales et des gouvernements engagés dans les prochaines compétitions planétaires. Selon Seneweb.
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