Yémen : Riyad vise Hodeïda et Kamaran, Sanaa promet la riposte

A vibrant scene of fishermen and boats at the coast of Aden, Yemen.Photo : YUKSEL OZDEMIR / Pexels

Le conflit yéménite connaît un regain de tension. Selon des informations relayées par la presse libanaise, l’aviation saoudienne aurait mené des frappes contre la province côtière de Hodeïda et l’île de Kamaran, en mer Rouge, deux positions stratégiques contrôlées par le gouvernement de Sanaa aligné sur le mouvement Ansar Allah, plus connu sous le nom de Houthis. En réaction, les autorités de la capitale ont promis une réponse militaire et une escalade, mettant fin à une période de désescalade relative amorcée depuis 2022.

Hodeïda et Kamaran, deux cibles au cœur de la mer Rouge

La sélection des cibles n’a rien d’anodin. Le port de Hodeïda constitue le principal point d’entrée des importations civiles et de l’aide humanitaire destinée aux zones sous contrôle houthi, où vit la majorité de la population yéménite. Son bombardement, à plusieurs reprises pointé du doigt par les Nations unies, avait été suspendu à la faveur des pourparlers indirects entre Riyad et Sanaa.

L’île de Kamaran, située à quelques encablures de la côte, occupe pour sa part une position clé face au détroit de Bab el-Mandeb, corridor par lequel transite une part significative du commerce maritime mondial. En frappant simultanément ces deux points, le royaume saoudien envoie un signal politique et militaire de portée régionale, alors que la mer Rouge est déjà déstabilisée par les opérations houthies contre les navires liés à Israël et à ses alliés occidentaux.

Sanaa dénonce une agression et brandit la menace de représailles

Les autorités de Sanaa ont qualifié les frappes d’agression caractérisée et affirmé se réserver le droit de riposter au moment et selon les modalités qu’elles choisiront. Le discours officiel évoque une phase nouvelle et met en garde contre un embrasement dont Riyad porterait, selon les responsables houthis, l’entière responsabilité. Cette rhétorique n’est pas inédite, mais elle intervient dans un contexte particulier : depuis l’automne 2023, le mouvement Ansar Allah a considérablement élargi son théâtre d’opérations, frappant des cibles maritimes en mer Rouge et tirant des missiles balistiques et des drones en direction du territoire israélien.

La capacité de nuisance des forces houthies à l’encontre du royaume saoudien reste, elle, largement documentée. Entre 2019 et 2022, les infrastructures pétrolières d’Aramco et plusieurs aéroports civils du sud du royaume avaient été visés par des tirs de drones et de missiles de croisière. La perspective d’un retour de ces attaques préoccupe directement les décideurs à Riyad, engagés dans un ambitieux programme de diversification économique et de repositionnement diplomatique.

Une trêve fragilisée et une diplomatie régionale sous tension

Depuis avril 2022, une trêve parrainée par les Nations unies avait permis une baisse notable des affrontements directs entre la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et les forces de Sanaa. Le rapprochement sino-saoudo-iranien de mars 2023, qui a rétabli les relations entre Riyad et Téhéran, principal soutien du mouvement Ansar Allah, avait renforcé l’espoir d’un règlement politique. Des délégations saoudiennes s’étaient rendues à Sanaa, et un projet de feuille de route en plusieurs étapes avait été discuté sous l’égide de l’ONU.

Reste que la guerre à Gaza et la campagne houthie en mer Rouge ont rebattu les cartes. Les frappes conjointes américano-britanniques contre des positions houthies au Yémen, entamées en janvier 2024, ont replacé l’archipel du conflit dans une configuration internationale bien plus vaste. Riyad, jusqu’ici soucieux de ne pas être entraîné dans une nouvelle confrontation directe, semble désormais tenté par une posture plus ferme, sans pour autant renoncer au dialogue en coulisses.

Pour les capitales du Golfe comme pour les partenaires occidentaux, l’équation devient délicate. Un retour au conflit ouvert compromettrait la Vision 2030 du prince héritier Mohammed ben Salmane, exposerait les infrastructures énergétiques et remettrait en cause les efforts de stabilisation régionale portés depuis deux ans. À Sanaa, l’annonce de représailles devra désormais être suivie d’effets pour être crédible, sans franchir le seuil qui provoquerait une réponse coordonnée de Washington et de ses alliés. Selon Al Akhbar, la séquence en cours pourrait durablement enterrer les acquis fragiles de la trêve.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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