Oman sous pression américaine, le Golfe exprime sa colère

Aerial shot of Muscat's skyline with coastal view and mountains. Ideal for travel and geography content.Photo : Joerg Hartmann / Pexels

Les capitales du Golfe traversent une zone de turbulences diplomatiques inattendue. Une menace américaine visant le Sultanat d’Oman, rapportée par la presse libanaise, alimente une colère sourde dans plusieurs monarchies du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Mascate, longtemps perçue comme l’interlocuteur discret de Washington dans les dossiers les plus sensibles de la région, se retrouve aujourd’hui ciblée par une pression jugée disproportionnée par ses voisins. L’épisode interroge la solidité d’alliances pourtant présentées comme inébranlables.

Oman, médiateur historique sous pression américaine

Depuis plusieurs décennies, le Sultanat d’Oman cultive une diplomatie d’équilibriste qui en a fait un canal de communication privilégié entre l’Iran, les États-Unis et plusieurs acteurs régionaux. C’est notamment à Mascate qu’ont germé, en 2013, les premiers contacts secrets ayant abouti à l’accord nucléaire iranien. Cette posture singulière, faite de neutralité active et de pragmatisme, contraste avec l’alignement plus marqué de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis ou de Bahreïn sur les positions occidentales.

La menace américaine évoquée par Al Akhbar viendrait précisément remettre en cause ce positionnement. Washington reprocherait à Mascate ses canaux d’échange maintenus avec Téhéran et plusieurs acteurs régionaux considérés comme hostiles. Pour les diplomates du Golfe, l’avertissement adressé au Sultanat sonne comme un signal préoccupant : si même Oman, dont le rôle de facilitateur a servi à plusieurs reprises les intérêts américains, peut être ainsi pris pour cible, aucun partenaire régional n’est à l’abri d’un retournement.

Une colère feutrée mais réelle dans les monarchies du Golfe

Selon le quotidien libanais, plusieurs chancelleries du CCG ont exprimé, en coulisses, leur agacement face à la méthode employée par l’administration américaine. L’argument central porte sur la cohérence stratégique : pousser des alliés à rompre avec leurs propres équilibres internes reviendrait, selon des responsables cités sous couvert d’anonymat, à les conduire vers une forme de suicide diplomatique. La formule, brutale, traduit l’inquiétude que suscite à Riyad, Doha ou Abou Dhabi la perspective d’une polarisation accrue dans une région déjà fragilisée par la guerre à Gaza, les tensions en mer Rouge et la confrontation larvée avec l’Iran.

Cette irritation intervient alors que les monarchies du Golfe ont engagé, ces dernières années, un patient travail de désescalade régionale. La normalisation entre Riyad et Téhéran, conclue sous médiation chinoise en mars 2023, a profondément modifié le paysage diplomatique. Les Émirats ont, de leur côté, renforcé leurs liens économiques avec l’Iran. Dans ce contexte, toute injonction américaine à durcir le ton à l’égard de la République islamique est perçue comme contre-productive, voire dangereuse pour la stabilité des routes commerciales du détroit d’Ormuz.

Un test pour l’architecture sécuritaire régionale

L’épisode soulève une question plus large : celle de la fiabilité du parapluie sécuritaire américain dans la péninsule Arabique. Depuis l’attaque contre les installations pétrolières d’Aramco en septembre 2019, restée sans riposte militaire de Washington, les monarchies du Golfe doutent ouvertement de l’engagement américain. La multiplication des bases américaines dans la région, du Qatar à Bahreïn en passant par les Émirats, n’a pas suffi à dissiper ce malaise structurel.

Pour Mascate, la séquence actuelle constitue un test délicat. Le Sultanat ne dispose ni du poids financier saoudien ni de l’influence diplomatique émiratie. Son atout réside précisément dans sa capacité à parler à tous, y compris aux ennemis déclarés de Washington. Renoncer à cette doctrine reviendrait à perdre l’essence même de sa valeur stratégique. La conserver expose à la pression directe d’un partenaire devenu imprévisible.

Reste que la fronde, pour l’instant verbale, pourrait se traduire par des ajustements concrets. Plusieurs sources évoquent une coordination accrue entre les pays du CCG pour répondre collectivement aux pressions de Washington, plutôt que de laisser chaque capitale gérer seule sa relation bilatérale. Une telle inflexion marquerait une étape significative dans l’autonomisation diplomatique de la région. Selon Al Akhbar, plusieurs responsables du Golfe estiment que la méthode américaine actuelle pousse les alliés historiques de Washington vers une impasse.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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